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NBA 2008 & Au revoir provisoire

Comme chaque année, la mi-octobre marque l'annonce des finalistes du National Book Award. Le successeur de Denis Johnson, Richard Powers et William T. Vollmann se trouve parmi les cinq nominés:
  • Aleksandar Hemon - The Lazarus Project
  • Peter Matthiesen - Shadow Country
  • Rachel Kushner - Telex from Cuba
  • Marilynne Robinson - Home
  • Salvatore Scibona - The end
J'ai le Hemon mais ne l'ai pas encore lu. Le Matthiesen, il me le faudrait aussi. Le vainqueur sera connu le 19 novembre prochain. Malheureusement, et contrairement aux autres années, je ne pourrai m'adonner à mon petit plaisir de saison: lire et évoquer les cinq livres ici-même. Eh oui, je m'en vais pour sept semaines de l'autre côté du monde. Pas de vacances: du boulot. Je ne sais pas vraiment le temps que je pourrai consacrer à la lecture et encore moins à l'écriture. Il est bien possible que je ne donne pas de nouvelles avant décembre. Je garde quand même dans la manche deux ou trois papiers. Mon cadeau d'au revoir sera celui sur "Rome, regards" de Rolf Dieter Brinkmann, en ligne demain. Manuel Vilas pour son admirable "España" viendra sans doute la semaine prochaine. Pour le reste, vous verrez quand vous verrez. A bientôt.

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Programme de haute saison et histoire de cons

Après des vacances variées et bien sûr trop courtes, revoilà Fausto, qui espère bien reprendre à un rythme plus soutenu que celui de mise ces quelques derniers mois. On vient tout juste de rentrer dans la période du grand ridicule éditorial dont, cette année, j’ai l’impression qu’il est plus difficile de sauver quelque chose qu’en 2007, en ce qui concerne les titres dont j’ai entendu parler. Voici tout de même ma petite sélection de livres que j’ai bien envie de lire, n’hésitez pas à m’en souffler d’autres…

En littérature française, je ne vois pour le moment que « Lacrimosa », le nouveau Jauffret et « Zone » de Mathias Énard (sorti la semaine dernière), qui m’a été recommandé par plusieurs personnes déjà.

Pour ce qui des traductions d’œuvres étrangères en français, le poids lourd de cette rentrée est indiscutablement « Contre-jour » de Thomas Pynchon. Notons que Inculte et le Lot49 proposeront « Face à Pynchon », un livre tout entier consacré au Pynch’ alors qu’en septembre, c’est la toute nouvelle revue Cyclocosmia qui lui offrira un beau dossier – auquel j’ai eu le bonheur de participer. Pour la seconde année de suite, Vollmann débarque chez Actes Sud avec, cette fois-ci, un essai, « Pourquoui êtes-vous pauvre ? ». J’en avais déjà parlé l’an passé. Toujours rayon US, on attend « La confrérie des mutilés » de Brian Evenson ainsi que – et peut-être surtout – les première traductions vraiment littéraires des aventures twainesques de Huck Finn et Tom Sawyer. Merci qui ? Tristram et Bernard Hoepffner. Côté hispanique, c’est le retour, deux ans après « Mantra », de Rodrigo Fresán avec « La vitesse des choses », dont je vous parlerai, si tout va bien, dans quelques jours. On peut aussi regarder vers la Chine et Ma Jian pour son « Beijing Coma ». Du côté des petits éditeurs et au-delà de Tristram, le catalogue des Allusifs est toujours un must, c’est pourquoi on jettera un œil attentif à « La nudité des femmes » de Wlodzimierz Odojewski et « Honte et dignité » de Dag Solstad. On croisera aussi les doigts pour que « Là où vous ne serez pas » de Horacio Castellanos Moya soit bien meilleur que le catastrophique « Bal des vipères » de l’an passé. Enfin, la grande surprise pourrait peut-être bien venir de chez Quidam avec « Rome, regards », de Rolf Dieter Brinkmann, souvent considéré comme « beat » allemand et plus connu (ermm) pour sa poésie que sa prose : les extraits lus avaient l’air très alléchants.

Dans le monde anglo-saxon, on est épargné par le syndrome rentrée, mais dans les semaines qui viennent, il convient tout de même de noter quelques livres. Chris Adrian, le brillant auteur de « Children hospital », publie un recueil de nouvelles, « A better angel ». Côté roman, c’est le grand (et inattendu) retour de Evan « The lost scrapbook » Dara avec « The easy chain ». Après son remarqué (et peut-être top ouvertement pynchonien) « Spaceman Blues », Brian Francis Slattery propose « Liberation : being the adventures of the slick six after the collapse of the United States of America », alors que Aleksandar Hemon publie « The Lazarus project ». Et devinez qui débarque, à 78 ans, avec neuf histories interconnectées? Oui, oui, c’est John Barth. Le livre s’appelle « The development ». Tant qu’on en est à parler des vétérans, Dalkey Archive a la très bonne idée de rééditer « Log of the S.S. the Mrs. Unguentine » de Stanley Crawford. On termine au Royaume-Uni avec Martin Amis et « The pregnant widow » qu’on ose espérer au moins aussi bon que « House of meetings ».

Ce qui suit n’a rien à voir avec ce qui précède mais je n’avais aucune envie de consacrer un post entier à cette conséquence du machin ridicule qui agite pourtant ce qui reste d’intellectuels en France : sur le site du Nouvel Obs’, on propose, et ce chaque jour, un dessin en soutien à Siné et « pour la liberté des caricaturistes et pour la liberté de la presse ». Ah ah. C’était à prévoir, mais je ne l’avais pas prévu… Con que je suis. Liberté des caricaturistes… Liberté de la presse… Le dit Siné annonçait à la mi-juillet qu’il allait porter plainte contre le même Nouvel Obs. Liberté de quoi, déjà ? Val-Siné et le ramdam subséquent, c’est une superbe histoire de beauf. On ne va pas perdre son temps à rappeler cette histoire débile mêlant un crétin pas drôle, un journal mort et pitoyable depuis un bail et un patron de presse très oui-oui et très insignifiant. Que les ignorants le restent : l’histoire n’en vaut franchement pas la peine.

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Collapsing Vila-Matas

Les lecteurs attentifs savent que j'aime beaucoup Einstürzende Neubauten. Même les lecteurs moins attentifs savent que j'aime beaucoup Enrique Vila-Matas. A ma grande surprise, j'apprends via ReadySteadyBook via Orbis Quintus via We make money not art que Blixa Bargeld, le chanteur de Neubauten, et Vila-Matas ont collaboré à la création d'une pièce sonore pour accompagner les photos de Alicia Framis. Étrange. Jusqu'au 19 juillet, l'installation est à Madrid, où je passe ce week-end. Je ferais bien un petit tour.

Un petit morceau de Neubauten pour célébrer la nouvelle, et je replonge dans mon coma footeux.





(Trois, en fait.)

(En parlant de foot et de Vila-Matas, il doit être heureux: son ami Guardiola -- voir "Desde la ciudad nerviosa" -- est le nouvel entraîneur du Barça.)

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L'homme qui inventa Borges

...est sans aucun doute le texte phare du tout nouveau numéro de la Quarterly Conversation de Scott Esposito. Marcelo Ballvé y évoque le méconnu Macedonio Fernández, dont le travail a eu une certaine importance pour Borges. Au-delà de ce papier et comme toujours, il y a du contenu de poids et d'intérêt. Je pense plus particulièrement au texte de Dan Green sur les avantages qu'aurait la republication des nouvelles de Donald Barthelme dans les volumes originaux plutôt que dans les trois collections actuelles. On y lira aussi des critiques de livres de Bolaño, Vonnegut, Lobo Antunes, parmi d'autres. Pour ma part, j'ai fourni à Scott -- qui aime bien les traducteurs -- un entretien avec Claro qui, je le souhaite, sera apprécié aussi par des francophones plus familliers avec son travail.

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Pour tout le reste, il y a...

Bien que je me sois éloigné une dizaine de jours, le silence tabula rasien n’était pas prévu. Je comptais profiter de quelques heures creuses pour finaliser l’un ou l’autre papier mais mon séjour madrilène fut finalement trop passionnant pour que je me laisse aller aux plaisirs du blogging. On relance la machine, avec, d’ici à jeudi, une note sur « Historia del llanto » de Alan Pauls. Entre temps, vous me pardonnerez de partager avec vous quelques emplettes espagnoles qui, je l’espère, motiveront quelques réflexions intéressantes ici dans les mois qui viennent.

A la librairie Antonio Machado (c/ Fernando VI), Jorge Volpi – Mentiras Contagiosas. Un livre de textes entre essai et fiction sur la littérature et plus précisément le roman. J’ai déjà pu voir qu’il considérait que Bolaño a écrit trois grands livres mais que le reste est médiocre – particulièrement les nouvelles. Il pense aussi que Aira fait de la sous littérature. Je suis assez impatient de voir plus en détails son argumentation là-dessus et sur bien d’autres choses. Volpi est sans doute le plus littérairement classique et conservateur de la fameuse crack génération mexicaine.

A la librairie Fuentetaja (c/ San Bernardo), je me suis laissé aller. Auteurs divers – Mutantes, Narrativa española de última generacíon. Anthologie de la jeune génération d’écrivains espagnols. Parce que de ceux-là on ne connaît rien chez nous. Agustín Fernández Mallo – Nocilla dream et Nocilla experience. En pleine explosion médiatique, le deuxième de ces titres est acceuilli plus comme un artéfact de pop music que comme un livre. On en a dit beaucoup de bien en Espagne. César Aira – Las aventuras de barbaverde. Aira est un classique (Nobel 2020 selon Fuentes) frappadingue, je ne pouvais pas laisser passer son nouveau (et gros – pour lui) roman. Toujours dans les classiques : le dernier recueil de Juan Villoro – Los culpables.

A la Central (Ronda de Atocha), Javier Calvo – Los ríos perdidos de Londres. Je ne savais pas si et par où me lancer dans son travail. Le titre de ce livre – emprunté à une des plus belles chansons de Coil-, sa dédicace à ce groupe et à son chanteur décédé peu avant la publication ainsi que la présence de nombreuses références à leur immense œuvre dans le dernier texte m’aura convaincu de l’acheter. On verra.

Dans un gros bidule infâme (sur lequel j’ai dû me rabattre car les libraires indépendants faisaient le pont – jeudi et vendredi fériés, rideaux fermés samedi – et je ne le savais pas). Antonio Orejudo – Fabulosas narraciones por historia. Salué par des nombreux écrivains de qualité à sa publication il y a quelques années, récemment réédité chez Tusquets. Encore une façon de mieux connaître ceux qu’on connaît mal – c’est-à-dire les générations post Vila-Matas, Marías, Muñoz Molina, etc… Et, enfin, les deux premiers titres de la fameuse trilogie de Juan Goytisolo – Señas de identidad et Don Julián. Mon castillan ne sera peut être pas à la hauteur.

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Préface

Je me suis rappelé en triturant un peu la mise en page de Tabula Rasa que je n’avais pas, comme il est pourtant de coutume, lancé ce blog par une note d’introduction sur les objectifs, les intentions, la personne derrière Fausto. Plus ou moins 1001 jours après cette naissance, ce que ce lieu doit être est sans doute assez clair dans la tête des lecteurs réguliers mais rien ne m’empêche, à l’instar de Tristram Shandy, de livrer une préface, pour ainsi dire, non pas à sa place logique mais plutôt quelque part au milieu de l’entreprise. Disons que le milieu c’est aujourd’hui et qu’on y évoquera autre chose que ce qu’on fait pour se contente de dire pourquoi on le fait.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Tabula Rasa n’a pas été ouvert pour évangéliser les masses, prosélytiser en faveur de certaines écoles littéraires, rehausser son estime de soi, prétendre atteindre Pluton lorsque le reste se contentait de germanopratineries. En juin 2005, je me suis rendu compte que ma mémoire n’était pas exactement de première bourre et que des nombreux livres lus, je retenais souvent une impression générale positive ou négative, l’un ou l’autre détail, scènes, personnages mais que tout s’estompait dans un magma de souvenirs incohérents. Prendre plus de notes en cours de route était une solution acceptable qui m’aurait permis, en un coup d’œil de me refaire une idée rapide mais, me connaissant, je savais pertinemment que j’arrêterais de prendre ces notes si je n’en faisais rien. Pour les exploiter, pour continuer à les prendre il me fallait l’objectif du papier. Mais à quoi bon écrire des sortes de critiques si personne ne les lit ? Sans publication quelconque, je savais que j’arrêterais très vite. Donc le blog. Donc le fait de se dire qu’en ouvrant Tabula Rasa, je m’obligerais à continuer à prendre des notes qui continueraient à se transformer en messages blogs que je continuerais à mettre en ligne régulièrement parce que quand on met au monde un blog, on a au moins la responsabilité de l’élever. C’est d’ailleurs la même logique qui aura mené à la création d’auto-fission. La vérité est que ma faible volonté me laisse généralement être distrait par l’accessoire, me détournant de ce que je veux vraiment faire, y retournant lorsqu’il ne me reste plus assez de temps pour m’y mettre. J’avais besoin d’une carotte, ce fut le blog et les deadlines que j’y ai lié.

Bloguer aura donc été le résultat d’une volonté purement égoïste, nécessaire à mettre de l’ordre dans mes pensées. Je me suis ensuite rendu compte que c’était aussi une bonne idée parce que le fait même d’écrire sur un livre récemment lu permet de se rendre compte de manière assez précise de ce qu’on en pense vraiment, bien mieux, dans mon cas en tout cas, qu’en y réfléchissant. L’écriture est une sage-femme.

Et puis, petit à petit, des lecteurs, des commentaires, et tout d’un coup d’autres blogs apparaissent à l’horizon dont les tenanciers sont aussi des lecteurs de TR et surtout des auteurs qui me font aussi palpiter. Une petit communauté nait, tout à fait virtuelle et évanescente, et on prend conscience que ce n’est plus vraiment pour ses propres motivations de départ qu’on écrit, qu’on le fait pour dire à ses nouveaux amis qu’ils ne sont pas seuls à être obsédés par ses romans, pour participer à une sorte de dynamique, d’émulation, pour combler le vide perçu dans le traitement médiatique, pour introduire un rythme différent de celui du journaliste-critique dans l’approche du livre. Et c’est pour ça qu’on le fait toujours 1001 jours plus tard, qu’on espère continuer à le faire au moins 1001 autres jours, changeant peut-être la façon de procéder sans jamais abandonner le principe.

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Trouvaille?

Qui n'a pas déjà trouvé ou entendu parler de quelqu'un qui découvre une pièce de collection pour une bouchée de pain, une édition vraiment rare au milieu d'une malle remplie de romances idiotes? Ce n'est possible que lorsqu'on chine ou plutôt lorsqu'on sort de chez soi. Pourtant, Internet peut donner de bonnes surprises. Vous pouvez bien sûr vous procurer une première édition du "Sot-weed factor" de Barth pour $750 ou un livre signé par Coover pour $30. Le vendeur vous annonce -et vous fait payer!- la rareté du volume. Mais il arrive que vous commandiez un volume sur, disons, abebooks et tombiez sur quelque chose d'inattendu et d'étrange. C'est peut-être ce qui m'est arrivé ce soir.

La semaine passée, poussé par l'excellent papier de Gabriel Josipovici sur le modernisme, j'ai décidé d'acheter "The world and the book", un livre sur le même sujet écrit en 1971. L'édition revue et corrigée de 1994 coutant £80 sur Amazon, j'ai opté pour la première édition poche (1973) à 4€ chez un libraire anglais via abebooks.

A mon retour à la maison ce soir, le volume se trouvait dans ma boite. Je savais que le précédent propriétaire y avait inscrit son nom, mais pour le prix, je n'allais pas faire la fine bouche. Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque je me suis rendu compte que cet homme s'appelait Malcolm Bradbury. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Bradbury est l'un des principaux critiques littéraires anglais des trente dernières années du siècle passé, il a écrit une poignée de romans, de nombreux essais sur la littérature du vingtième, et a fondé le plus prestigieux Master of Arts in Creative Writing du Royaume-Uni. Pour les lecteurs de Tabula Rasa, c'est lui qui a mené la seule interview filmée de William Gaddis. Anobli au début 2000, il est mort en novembre de la même année à Norwich. Et c'est précisément un libraire de cette ville qui m'a vendu le livre. Par ailleurs, il y a aussi une dédicace manuscrite sur la première page: "Mr B. His book Many times over". Elle n'est malheureusement pas signée et pourrait aussi bien provenir de Josipovici lui-même (le livre s'intéresse à de nombreux auteurs étudiés par Bradbury) ou de la main d'un ami quelconque. Le seul détail étrange: la date inscrite en dessous du nom de Malcolm Bradbury est 1971, alors que cette copie du bouquin a été imprimée en 1973...

Malgré la signature, le livre ne vaut sans doute pas plus que les 4€ payés mais, romantiquement, quelque chose en moi apprécie de pouvoir penser détenir une infime partie de la bibliothèque de Bradbury.

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Dimanche difficile

J’ai compris que le dimanche serait dur quand je me suis retrouvé sur le coup d’une heure du mat’ au centre de la cuisine des amis chez qui une fête était organisée les deux poings en l’air en train de beugler « I’m forever blowing bubbles », l’hymne de West Ham, assez fort pour couvrir l’assourdissante musique. La deuxième confirmation est venue une heure plus tard lorsque, au milieu d’un salon pris d’assaut par de jeunes alter-bobos, je me suis retrouvé à causer Badiou, Lénine et libre-arbitre un verre à vin rempli de rhum à la main. Le reste est une longue chute vers mon lit, entamée dans un bar glauque où nous sommes arrivés trop tard pour la soirée strip-tease et un second bar où, à six heures du matin, j’étais toujours a causé football avec un Turc fan de Galatasaray, un Macédonien tellement fan de Fenerbahce qu’il en portait à la fois le maillot, la veste et la montre et le patron kosovar qui n’avait visiblement aucune envie de fermer. Réveil très difficile un peu avant quatorze heure et prise de conscience immédiate que je serais incapable de faire quoi que ce soit de productif, à part aller voir Blackburn – West Ham au pub du coin.

Tout ça donc pour dire que je n’ai rien foutu ce week-end de tout ce que j’avais à faire. Je n’ai même pas répondu à mes mails (ça viendra) et suis donc particulièrement heureux d’avoir terminé Javi dans le métro hier pour pouvoir vous le présenter aujourd’hui sans devoir trop me casser la tête – qui ne me fait heureusement plus mal.

PS : le principe de la fête d’hier soir était que chaque invité amène avec lui une compil’ de cinq titres à faire passer. Pas de bol pour les autres convives : j’avais passé la soirée du vendredi à réécouter les classiques Hard que j’adorais à 10-12 ans, ce qui influença terriblement mes choix.

Ozzy Osbourne – Bark at the moon

Whitesnake – Here I go again (j’ai longuement hésité avec Is this love)


Motley Crüe – Smoking in the boys room


Chingon – Malagueña salerosa


Faith No More – We care a lot


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Le questionnaire de Babel

Parce que ça fait toujours passer le temps. Je veux vos réponses aussi ! (Merci à Pedro pour l’idée.)

Liste des livres lus présents sur mon bureau:
William Gaddis, « A frolic of his own » ; Fernando Pessoa, « Le livre de l’intranquillité » ; Julian Cope, « Japrocksampler ».

Liste des livres à lire présents sur mon bureau :
Franco Moretti, « The novel – History, geography and culture », « The novel – Forms and themes », « Graphs maps trees, abstract models for literary history », « Signs taken for wonders : on the sociology of literary forms » ; Jack Kerouac, « On the road – the original scroll » ; R.J.B. Bosworth, « Mussolini’s Italy » ; Gabriel Josipovici, « Goldberg : variations ».

Livres en cours de lecture :
Junot Díaz, « The brief and wondrous life of Oscar Wao ».

Liste des compositeurs "classiques" que je déteste ou n'écouterai plus:
O.Lamm.

Liste des compositeurs "classiques" sans cesse écoutés et réécoutés :
O.Lamm.

(Je rigole, hein… Ma culture classique est nulle. Les compositeurs que j’écoute sont ceux qu’ont m’a fait écouté depuis tout petit : Chostakovitch, Stravinsky, Ustvolskaya, Beethoven, Bach. Et je ne les écoute probablement que lorsque je rends visite à mes parents. Merci, Fausto père…)
Musique écoutée tandis que ce message est tapé:
Circle, le morceau State Powder sur Panic, le dernier CD.

Dernier musicien découvert avec bonheur et intensité :
Aucun. Ou alors il y a longtemps. Le livre de Julian Cope m’a cependant fait replonger dans Taj Mahal Travellers, j’en suis ressorti stupéfait de ne pas avoir écouté ces merveilles depuis 2004.

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Paris, Paris, Paris

Voilà un voyage qui a failli tourner à la débandade. Moment de panique lorsque je me rends compte que l’entretien avec Vollmann était booké pour le jeudi 14, jour où j’étais déjà de retour dans mes pénates. J’avais demandé le 12 ou le 13, je devais avoir le jeudi 12 à 16h30. Il n’existe pas. Je pensais en date, et donc tout ce que j’ai retenu c’était le 12. Elle pensait en jour de la semaine, et donc ce qu’elle a retenu c’est le jeudi. Heureusement, coup de téléphone, problème rapidement réglé : le truc se fait donc le 12 à 16h.

Mission accomplie finalement, une petite cinquantaine de minutes d’entretien avec un Vollmann tout beau dans son t-shirt canari fluo. Je dois encore examiner la qualité de l’enregistrement pour voir si je choisis l’option podcast ou la retranscription. On a beaucoup causé libre arbitre notamment. Vous verrez tout ça en septembre.

Après l’entretien, une bière avec Claro et Pedro Babel. Discussion sympathique dans un cadre germanopratin sur, heureusement, une littérature qui ne saurait rentrer dans cette catégorie-là. La seule mauvaise nouvelle, c’est qu’il semble qu’on devra faire une croix sur la traduction de « Fathers and Crows » (pour le moment, j’espère). L’information cocasse ? Une certaine maison d’édition viserait le prix Médicis étranger pour le roman d’un auteur américain papier-krafté à paraître à la rentrée 2008. Not a chance in the world.La lecture de Vollmann à Village Voice fut finalement assez courte mais passionnante. L’extrait lu de « Europe Central » fait partie des nombreux moments magiques des 700 pages. Le bref extrait lu par Claro donne une bonne indication de la qualité de la vf sur 995 pages...

Ensuite, une grande bière dans un bar du quartier avec Odot, Pedro et Thomz. Malheureusement Odot et moi nous nous perdîmes dans des considérations profondes sur des musiques obscures, lâchant rapidement nos deux compères. Les retrouvailles se célébrèrent deux heures plus tard sur le thème étonnamment fédérateur de la découverte de Stephen King à l’adolescence.

Si l’on excepte les deux, trois livres achetés le lendemain, ainsi s’achève le pan littéraire de ce voyage. Le reste n’a pas trop sa place ici. Sachez seulement qu’il a fait beau et chaud, que les cafetiers pratiquent l’extorsion, qu’on est allé au musée Picasso et s’est fait coincé sous un orage. Le scandale de ces deux jours ? Je dégustais un délicieux morceau d’onglet lorsque j’entendis une femme française d’une trentaine d’années demander au serveur ce qu’était une tarte tatin. Ma main droite, celle tenant le couteau, s’est mise à trembler furieusement, je fus pris de sévères secousses corporelles avant d’avoir une incroyable envie de pleurer et de m’arracher les cheveux. Le déclin de la France est véritablement là lorsque les citoyens de ce pays ne savent pas ce qu’est une tarte tatin. La fin du monde est proche.

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Le jeu des quatre

Il y a des jeux qui circulent incessamment dans l’interweb et qui ne me disent absolument rien. Je m’en tiens éloigné le plus possible, mais il arrive que je me laisse tenter, un peu comme il m’arrive de regarder un film de Steven Seagal. Eh oui. Donc, une de ces choses débarque ici par l’entremise de Aïda qui m’a gentiment contacté. Voilà donc une liste à prendre avec les pincettes d’usage.

LES QUATRE LIVRES DE MON ENFANCE...

• « L’aiguille creuse » de Maurice Leblanc
• « Les aventures de Tom Sawyer » de Mark Twain
• « Le petit vampire au val des Soupirs » de Angela Sommer-Bodenburg
• « La ligue des rouquins » de Arthur Conan-Doyle

QUATRE ECRIVAINS QUE JE LIRAI ET RELIRAI ENCORE

• Yukio Mishima
• Thomas Pynchon
• Roberto Bolaño
• William Gaddis

LES QUATRE AUTEURS QUE JE N'ACHETERAI (OU) N'EMPRUNTERAI JAMAIS PLUS

• Frédéric Beigbeder
• Amélie Nothomb
• Paul Auster
• Jay McInerney

(Les deux premiers sont des cas facile à expliquer : voilà le sommet de la non-écriture, de celle que j’ai entrevue pendant un laps de temps déjà trop long et qui m’a filé un mal de tête épouvantable. Auster, parce que voilà un écrivain terriblement surestimé qui m’a toujours ennuyé à un point incroyable. McInerney parce que je me fais chaque fois avoir par ses histoires avant de me demander pourquoi…)

QUATRE BOUQUINS QUE J'EMPORTERAIS SUR MON ILE DESERTE

• « Le marin rejeté par la mer » de Yukio Mishima
• « Une histoire vieille comme la pluie » de Saneh Sangsuk
• « The recognitions » de William Gaddis
• « Les détectives sauvages » de Roberto Bolaño
(Autant dire que je vais broyer du noir, sur mon île)

LES QUATRE PREMIERS LIVRES DE MA LISTE A LIRE

• « The MacGuffin » de Stanley Elkin
• « The raw shark texts » de Steven Hall
• « Le coeur de pierre » de Arno Schmidt
• « Black Box Beatles » de Claro

LA DERNIERE PHRASE D'UN DE MES LIVRES PREFERES

« They fly toward grace » (« Against the day » de Thomas Pynchon)
Voilà une belle manière de se dire adieu…

Bon… Il semble que la tradition soit de convier quatre camarades à faire de même. Ca, ce n’est pas trop mon truc mais je ne veux pas qu’on m’accuse de couler le bazar, alors qui est-ce que ça tente ? Pedro Babel, G@rp? Qui d’autre ? Allez, allez… même dans les commentaires, c'est tout bon.

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Service de presse

Les amateurs avisés savent qu'il y a quelques librairies de seconde main bruxelloises qui reçoivent chaque vendredi après-midi, et parfois par caisses entières, les rebuts du service de presse. Voilà donc que débarquent des livres à peine voire pas du tout ouverts, et encore moins lus. Voilà peut-être aussi comment certains journalistes arrondissent leurs fins de mois. Voilà enfin comment il est possible de trouver un livre tout juste sorti ou même pas encore chez les libraires à un prix défiant toute concurrence.

Il serait malvenu de critiquer cette pratique qui m'a permis d'acquérir plus d'un roman tout en faisant d'énormes économies. Je trouve cependant que certaines personnes manquent vraiment de délicatesse. Ainsi, ce matin même, je suis tombé sur "Le dernier monde" de Céline Minard. Visiblement, l'exemplaire n'a même pas été lu et il est d'ailleurs toujours orné de son bandeau. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, une fois rentré chez moi, qu'il s'agissait en fait d'un exemplaire signé par l'auteur et dédicacé à un certain M.B., chroniqueur bien connu, présent dans la presse écrite et à la radio. Lorsque que Minard rendait ce "cordial hommage", gageons qu'elle ne savait pas quel sort l'attendait.

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Politique de l'écrivain

Avec une fréquence certaine, chaque individu que l’Etat trouve assez digne se voit convié aux urnes afin d’y coincer un papier sur lequel il aura fait le choix de la sauce à laquelle il va être mangé dans les années à venir. Un peu comme si le cuisinier demandait à une belle poularde sur quel plat elle préférerait être servie aux clients…

Ces évènements sont bien sûr systématiquement commentés dans les médias comme chez le boulanger. A tous les coups, les partis se lancent à la chasse à l’intellectuel qui pourra lui fournir une caution quelconque – « non, citoyens-cons et connes-citoyennes, nous ne nous intéressons pas qu’au commerce et au pouvoir, notre souci c’est la cul-culture, de masse de préférence ».

Bien évidemment, les opinions des intellectuels font jaser dans les chaumières. « Roh, celui-là, serait pas un peu réac ? » ou « Mais dis donc, typique bobo de gauche, ce mec ! ». Et donc, nous voilà écrasés sous les tonnes de papiers produits par de grands journalistes se posant des questions existentielles sur un supposé virage à droite des cervelles à cocarde franchouillarde, sur les opinions politiques de tel réalisateur à la mode, ou, comble de la pertinence journaleuse, se demandant si Cauet, ce phare de la civilisation téléphage tricolore ne serait pas clairement droitiste. Franchement, on pourrait en sauver des arbres…

Il ne faut pas s’étonner que, dans le mouvement, on demande l’avis de romanciers. On relance donc le débat : politique et littérature, un ménage heureux ? La réponse est non, mais certains semblent trouver une étrange fascination dans ce questionnement absurde : que nous dit sur m'oeuvre de Régis Jaufret son éventuel ralliementà la bannière bien centrée de François Bayrou ? Rien, mais vu le bruit dans le poulailler, tout le monde ne me semble pas convaincu.

La vérité, c’est que l’écrivain connaît aussi bien la politique que moi, vous, la crémière et monsieur le notaire. Lorsqu’il en parle, il étale avec une incroyable dose d’auto-satisfaction son ignorance absolue, matinée de la certitude d’être quelqu’un et donc de parler sagement. Oui, lorsqu'il l'ouvre, c'est pour mieux nous montrer le vide et ses belles caries. Mettre son avis sur un piédestal, c’est aussi ridicule que de demander l’opinion de Zinédine Zidane ou de Miss Bol d’Or. Laissons ce genre d’illusion à d’autres. Les littérateurs et la politique n’est en fait que la version cultureuse du micro-trottoir, cette pratique journalistique dont le mécanisme fascinant est à peu près celui de la moto ramasse-crotte.

La littérature est une maîtresse exigeante, et ses practiciens se doivent d’y consacrer la plupart de leur temps. Je vois d’ici la larme dans les yeux de certains lecteurs, émus par le souvenir de l’écrivain dans la cité. Séchez-les, chers amis : le plumitif se souciant trop de politique signe en fait un pacte avec le diable qui assèche son œuvre fictionelle. Que l’écrivain écrive, le lecteur lise, le citoyen citoyenne, et le politique exécute ses basse œuvres ! Amen.

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Paris est parfois une fête

Si je me suis allé à Paris, c’est bien sûr pour écouter et voir William H. Gass. D’autres choses m’ont aussi rendu le séjour agréable, que mes précédentes impressions ne vous donnent pas une image trop négative de ce voyage.

Deux heures avant la lecture, j’ai fait connaissance avec Olivier Lamm que l’on connaît généralement plus comme musicien que comme amateur –expert, j’ai envie de dire- de la littérature américaine contemporaine. Notre conversation, que même une bière infâme vendue à un prix exorbitant n’est pas arrivée à gâcher, m’a franchement enchanté, puisque nous avons pu couvrir le domaine musical – avec la désagréable impression de devenir, à 25 et 27 ans respectivement, des vieux cons revenus de tout- et littéraire, échangeant nos impressions sur les livres lus et des noms d’auteurs à découvrir. Je remettrai ça avec grand plaisir à la prochaine occasion.

A notre arrivée à Village Voice, il y avait déjà beaucoup de monde, et si nous trouvâmes deux chaises libres, il ne s’agissait pas des meilleurs de la maison. L’inconvénient somme toute mineur, surtout quand je pense à ceux qui durent rester au rez-de-chaussée, se contentant d’une retransmission vidéo. Le nombre de gens présents me surpris. Parmi eux, il y avait Marc Chénetier et Pierre-Yves Pétillon, ainsi que deux ou trois visages connus de moi, mais sur lesquels je ne saurais mettre de noms.

Lorsque Gass parle, on se rend compte immédiatement que cet homme est habitué à prendre la parole en public. La voix est claire, posée. Il ne semble jamais hésiter. Après avoir lu avec humour quelques passages de « The Tunnel », son œuvre maîtresse dont je devrais préciser qu’elle se chante presque plus qu’elle ne se dit, tant il y a de la musique dans cette prose époustouflante, Gass laissa la place à Claro, son traducteur, pour qu’il lise quelques extraits de la version française de ce livre réputé intraduisible. C’est avec grand plaisir que je peux dire que la musique, peut-être un peu altérée, est toujours bel et bien là. Je suis certain qu’une fois de plus, les félicitations s’imposent.

C’est clairement dans les réponses aux questions de l’assistance que Gass m’impressionna le plus, me laissant l’impression stupéfiante d’écouter l’homme le plus brillant que j’ai eu la chance de voir en chair et en os, de pouvoir approcher. Un seul coup d’œil à son œuvre critique considérable – et malheureusement seulement disponible en anglais- vous convaincra d’avoir affaire à l’un des plus remarquables analystes contemporains des mécanisme de la littérature. Absolument fascinant, indispensable.

Une fois la lecture terminée, je pus m’approcher de Gass et lui faire signer trois livres. J’aurais vraiment aimé pouvoir lui glisser une phrase intelligent et pertinente, mais comme paralysé ou à bout de souffle après un sprint essentiel à ma survie, je ne pus que souffler dans son oreille une ou deux platitudes qui méritaient à peine plus d’un « Thank you ». Je ne sais d’ailleurs pas ce qu'il m’arriva à ce moment là, parce que dans la conversation que j’eu le bonheur d’avoir avec Claro, je n’arrêtai pas de faire des commentaires assez proches d’une complainte type « je suis franchement plutôt nul et mon blog est un petit carnet égocentrique pour jeune homme à la mémoire défaillante. Il ne mérite donc pas qu’on s’y attarde ». Je me frapperais bien pour cette attitude servile, mais dois surtout remercier Claro pour sa gentillesse.

Je ne sais pas si je reviendrai à Paris pour une future lecture, puisqu’il faut bien dire que cette occasion était unique : à 82 ans, il y a peu de chance d’avoir l’opportunité de rencontrer une fois de plus William H. Gass. Ceci dit, je me laisserais bien tenter par un Pynchon se dévoilant en public pour la première fois à la sortie de « Contre le jour ». Allez Claro, un petit effort de persuasion ! Quoiqu’il en soit, merci à tous ceux qui ont permis la concrétisation de cette évènement, longue vie à Gass, longue vie au « Tunnel » !

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Paris ne finit jamais assez vite

Mardi 06 en fin de matinée, je suis arrivé à Paris. J’y mettais les pieds pour la première fois depuis bien six ans. Malgré la richesse culturelle et historique, c’est une ville qui ne me plaît pas. Même après de nombreuses visites, je ne m’y suis jamais senti à l’aise – contrairement à Londres ou Madrid, par exemple- et je ne sais trop comment expliquer cet état de fait. J’avais donc une certaine appréhension lorsque je descendis du train en gare du nord.

Je suis allé faire un tour au Père-Lachaise. La seule fois où je m’y étais rendu, je devais avoir 16 ou 17 ans, et le souvenir de cette expérience avait une teinte par trop juvénile et romantique pour que je m’y fie. Un nouveau coup d’œil était indispensable. Sur place, je décidai d’aller trouver une tombe précise à l’autre bout du cimetière. Le seul nom qui m’ait réellement motivé était celui de Benjamin Constant. On peut y voir sans aucun doute une trace d’atavisme – une bonne partie de la carrière universitaire de mon grand-père fut consacrée à Constant de Rebecque, dont il préside le comité pour l’édition des œuvres complètes. En chemin, j’ai vu surgir un hippie d’une quarantaine d’années, vêtu d’un immonde t-shirt tye-dye de Jim Morrison. Il interpellait les promeneurs pour désigner le chemin de la tombe du chanteur. On dit que les cimetières sont lieux de repos éternel, on ne peut donc que plaindre Morrison de devoir passer l’éternité sous le monument le plus laid du Père-Lachaise, défiguré par la cohorte abrutie des dévots doorsiens. Je plains encore plus ses voisins de section, qui n’avaient sans doute rien fait pour mériter ça.

Evitant le chemin empestant le patchouli, je me dirigeai dans des allées plus tranquilles. Il y a bien sûr des monuments superbes et d’autres horribles, des tombes d’inconnus, d’autres qui évoquent de grandes pages de l’histoire. Il y a surtout le plaisir des noms. Le plus frappant fut pour moi celui de la famille Chrétien-Lafolie. Je ne sais ni qui ils furent ni de quand date le caveau, mais tomber sur cette sépulture discrète surmontée d’un nom aussi peu commun provoqua en moi un certain plaisir. Il y aussi les anecdotes qui n’auront aucune signification pour d’autres que moi. Je souris en découvrant que la concession perpétuelle numéro 666 était celle de la famille Kellermann, grands généraux d’Empire et ducs de Valmy – qu’ont-ils fait pour mériter, parmi tous les soldats de Bonaparte, de se voir affubler du chiffre de la bête ? Un peu plus loin de cette maléfique découverte, je fus surpris de voir qu’on enterrait encore des de La Rochefoulcaud (Aude, décédée à vingt ans, le 30 mars 2002). Etais-je assez idiot pour croire que les grands hommes n’avaient pas de descendance ?

J’arrivai finalement à la dernière demeure de Constant, extrêmement sobre pour quelqu’un dont les funérailles furent suivis par une foule énorme. Après quelques instants à me dire que je ne ressentais vraiment aucune émotion à me trouver à quelques mètres de la dernière demeure de tels ou tels grands, je me décidai à rebrousser chemin et retrouver le monde des vivants.

Ce retour ne se fit pas sans mal. Le soir même, sur le boulevard Saint-Germain, je fus pris d’un mouron comme je n’en avais pas connu depuis longtemps, sans aucune raison apparente à part le sentiment d’être dans un endroit qui ne voulait pas de moi et dont je ne voulais pas moi non plus.

Le lendemain, cherchant à comprendre la raison de cette attitude qui me semblait irrationnelle, je me promenai à travers la ville pendant près de trois heures sans trouver la moindre piste de réponse satisfaisante. Pour calmer cette légère angoisse, je n’eu d’autres solutions que de me livrer à l’activité la plus réparatrice que je connaisse –ou presque- : celle de passer ses mains le long des rayons de librairie pour en sortir les admirables volumes qui me feront passer de superbes moments dans les mois à venir. Mission acomplie, mais à grand frais !

C’est avec un certain soulagement que j’accueillis l’heure du retour en Thalys. Que l’on ne s’y trompe pas : je ne regrette pas un seul instant le voyage, je me suis rendu là non pas pour la ville mais pour écouter un homme remarquable. Disons seulement que si ma compagne me propose de me rendre à Paris avec elle cette fois, et même si cette présence calmera sans doute le mal-être, la réponse sera « pas maintenant, attendons de n’avoir pas le choix ».

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Demain, j'évoquerai les rencontres qui ont fait de ce voyage une réussite.

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