Préface

Je me suis rappelé en triturant un peu la mise en page de Tabula Rasa que je n’avais pas, comme il est pourtant de coutume, lancé ce blog par une note d’introduction sur les objectifs, les intentions, la personne derrière Fausto. Plus ou moins 1001 jours après cette naissance, ce que ce lieu doit être est sans doute assez clair dans la tête des lecteurs réguliers mais rien ne m’empêche, à l’instar de Tristram Shandy, de livrer une préface, pour ainsi dire, non pas à sa place logique mais plutôt quelque part au milieu de l’entreprise. Disons que le milieu c’est aujourd’hui et qu’on y évoquera autre chose que ce qu’on fait pour se contente de dire pourquoi on le fait.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Tabula Rasa n’a pas été ouvert pour évangéliser les masses, prosélytiser en faveur de certaines écoles littéraires, rehausser son estime de soi, prétendre atteindre Pluton lorsque le reste se contentait de germanopratineries. En juin 2005, je me suis rendu compte que ma mémoire n’était pas exactement de première bourre et que des nombreux livres lus, je retenais souvent une impression générale positive ou négative, l’un ou l’autre détail, scènes, personnages mais que tout s’estompait dans un magma de souvenirs incohérents. Prendre plus de notes en cours de route était une solution acceptable qui m’aurait permis, en un coup d’œil de me refaire une idée rapide mais, me connaissant, je savais pertinemment que j’arrêterais de prendre ces notes si je n’en faisais rien. Pour les exploiter, pour continuer à les prendre il me fallait l’objectif du papier. Mais à quoi bon écrire des sortes de critiques si personne ne les lit ? Sans publication quelconque, je savais que j’arrêterais très vite. Donc le blog. Donc le fait de se dire qu’en ouvrant Tabula Rasa, je m’obligerais à continuer à prendre des notes qui continueraient à se transformer en messages blogs que je continuerais à mettre en ligne régulièrement parce que quand on met au monde un blog, on a au moins la responsabilité de l’élever. C’est d’ailleurs la même logique qui aura mené à la création d’auto-fission. La vérité est que ma faible volonté me laisse généralement être distrait par l’accessoire, me détournant de ce que je veux vraiment faire, y retournant lorsqu’il ne me reste plus assez de temps pour m’y mettre. J’avais besoin d’une carotte, ce fut le blog et les deadlines que j’y ai lié.

Bloguer aura donc été le résultat d’une volonté purement égoïste, nécessaire à mettre de l’ordre dans mes pensées. Je me suis ensuite rendu compte que c’était aussi une bonne idée parce que le fait même d’écrire sur un livre récemment lu permet de se rendre compte de manière assez précise de ce qu’on en pense vraiment, bien mieux, dans mon cas en tout cas, qu’en y réfléchissant. L’écriture est une sage-femme.

Et puis, petit à petit, des lecteurs, des commentaires, et tout d’un coup d’autres blogs apparaissent à l’horizon dont les tenanciers sont aussi des lecteurs de TR et surtout des auteurs qui me font aussi palpiter. Une petit communauté nait, tout à fait virtuelle et évanescente, et on prend conscience que ce n’est plus vraiment pour ses propres motivations de départ qu’on écrit, qu’on le fait pour dire à ses nouveaux amis qu’ils ne sont pas seuls à être obsédés par ses romans, pour participer à une sorte de dynamique, d’émulation, pour combler le vide perçu dans le traitement médiatique, pour introduire un rythme différent de celui du journaliste-critique dans l’approche du livre. Et c’est pour ça qu’on le fait toujours 1001 jours plus tard, qu’on espère continuer à le faire au moins 1001 autres jours, changeant peut-être la façon de procéder sans jamais abandonner le principe.

 

8 commentaires:

  1. Los blogs son efímeros, pero la lectura y la comunidad perduran. Gracias por hacer de Tabula Rasa un lugar de encuentro.

    on 10:59 PM


  2. g@rp(FFC) said,

    Incapable d'ajouter quoi que ce soit aux paroles de René Lòpez.
    Ah si ! J'ai réussi à lire de l'espagnol et à le comprendre ! Grrrrande première.
    Et puis, René Lòpez, je l'ai déjà vu ailleurs...N'aurait-il pas toujours 16 ans ?
    Et et puis puis : merci Fausto pour m'avoir, entre autres, et sans le savoir, encouragé à lire en VO US.
    Bien belle réussite que TR.
    Ouaip.
    Bon, eh bien...Pour quelqu'un qui n'avait rien à ajouter...me suis encore distingué.

    on 5:46 AM


  3. Gropize said,

    Salut à toi!
    ça fait un an que je te lis
    je suis pas d'accord sur tout OK, et c'est normal. J'encadre pas coover par exemple et j'ai pas le côté midinette pour la littérature us
    mais t'es jeune et t'as de l'enthousiasme
    continue c'est super

    on 9:33 AM


  4. a.w. said,

    Cette préface tombe à point après la note de lassitude de l'autre jour.
    On est soulagé de voir que ça continue encore 1001 jours.

    on 11:51 AM


  5. un touriste said,

    Hum! Je me flatte de voir apparaître deux livres de Chklovski dans la colonne de droite... Ai-je le droit de penser que c'est un contrecoup de mon commentaire sur Tristram la semaine dernière?

    on 5:02 AM


  6. N'y voir qu'une coïncidence serait une erreur.

    René, gracias a ti por visitar este lugar.

    on 7:37 AM


  7. Gonzalo Barr said,

    Je suis en accord avec López Villamar. Merci, Fausto. J’ai “Tristram Shandy” dans mon bureau, avec tous les autres livres que je doit lire – Bryce Echenique, Carpentier, Cervantes – une petite tour de Pisa... Congrats on the new "look" for the blog.

    on 3:54 PM


  8. manu said,

    Je profite de cette préface pour vous féliciter pour ce blog, que je lis avec plaisir et attention depuis quelques mois. Fan (récent) de Pynchon et (de longue date) des classiques de la littérature sud-américaine, je ne peux que me sentir à l'aise par ici. Et bravo aussi au nouvel habillage, qui rend justice à la qualité du contenu bien plus que l'ancien.

    on 7:19 PM


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