Théâtre macabre

Je lisais cet après-midi et avec un peu de retard le papier de Raphaëlle Leyris pour Les Inrocks sur « Le peintre des batailles » de Arturo Pérez-Reverte, l’histoire d’un ancien photographe de guerre en Bosnie confronté à un homme dont il a fait un portrait qui a ruiné sa vie. Selon Leyris, il s’agit d’une réflexion sur le rapport entre spectateur et images de guerre, sur le sens de ces images et, enfin, sur la nécessité de l’engagement et de la compassion.

Visiblement, on ne connaît pas en France l’histoire qui circule en Espagne sur l’activité journalistique de Pérez-Reverte en Croatie et en Bosnie – car, on l’aura compris, il doit y avoir beaucoup de l’auteur dans son personnage. Je ne me rappelle plus des détails précis de l’anecdote, je ne me souviens plus de lieux et des circonstances exactes, mais c’est finalement pas le plus important – sauf à vouloir déterminer sa véracité. Donc notre espagnol arrive avec son photographe dans une petite ville touchée par le malheur, où les soldats de l’ONU viennent de ramasser et de transporter dans un frigo les innombrables cadavres trouvés après un massacre de plus. Pérez-Reverte n’est vraiment pas content de débarquer après le nettoyage et à la perspective d’un reportage sans images croustillantes. A tous problèmes, des solutions : il demande, il exige, il obtient qu’on sorte quelques corps de la morgue et qu’on les retape dans la rue afin de pouvoir prendre quelques images. Macabre mise en scène absolument nécessaire pour informer. Ou pour vendre ? Envie de vomir…

On voit donc que la question centrale de ce livre n’est pas celle du rapport entre spectateur et images violentes, non, la question concerne en fait directement l’auteur : est-il, une dizaine d’années après, redevenu humain ou reste-t-il une bête sans pudeur, sans honte, disposée à arriver à ses fins coûte que coûte ?

 

2 commentaires:

  1. Trés franchement, j'ai arrêté depuis longtemps ne serait-ce que de feuilleter les Inrocks, qui ont pour moi perdu toute crédibilité depuis leur soutien inconditionnel et totalement injustifié à Michel Houellebecq (et aussi, plus récemment, à Christine Angot, cet autre épouvantable médiocrité surfaite). Une telle approximation de la part d'un de leurs critiques n'est donc pas une surprise pour moi.
    Sinon, trêve de "strong opinions", continuez, cher Fausto Maijstral, à tenir votre tribuna de trés haut vol, une des meilleures que je connaisse sur le réseau francophone, comme vous le faites : j'en attends chaque billet avec impatience, et si cela peut vous conforter, c'est à cause de vous que Roberto Bolaño a éjecté plusieurs grands poètes de la tête de ma future reading list...

    on 7:29 PM


  2. Merci pour cet agréable message. Moi aussi, je garde un oeil très attentif sur cette bibliotecla (belle trouvaille, ce nom!). J'espère que vous n'aurez pas à me maudire d'avoir expulsé certains auteurs pour faire place à Bolaño.

    on 8:05 PM


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