Le blog littéraire est toujours à naître

Il y a un an aujourd’hui nous lancions, avec mes petits camarades, le Fric-Frac Club. Je ne tiens pas à en faire un bilan aujourd’hui, mais je me dis que c’est tout de même le jour parfait pour aborder ma déception et mes doutes quant à la blogosphère littéraire francophone. C’est peut-être d’actualité : dans une note publiée il y a une semaine, Claro disait à François Bon qu’il ne fallait pas attendre qu’un blog demande : le blog littéraire est-il mort ? Pour ma part, j’ai bien peur que le blog littéraire francophone ne soit en fait jamais né.

(Petite précision : une bonne partie des éléments que je vais citer s’appliquent aussi à Tabula Rasa ou au FFC, il ne s’agit pas de se mettre au dessus de la mêlée. En fait, la mélasse nous aussi pataugeons dedans.)

Qu’est-ce que la blogosphère littéraire francophone, ce blog inclus ? Une gigantesque bibliothèque en ligne d’opinions sur des livres parfois lus. S’il est parfaitement normal qu’un blog littéraire soit un espace de critique de romans, il ne devrait pas, comme c’est trop souvent le cas, être un espace de critique anhistorique, du livre étudié pris comme s’il existait seul, dans un sorte de vide, sans rien avant et sans rien après. C’est un peu toujours comme si le roman dont on parle existait dans un vacuum double : non seulement, il n’y a pas d’histoire littéraire derrière, mais en plus il n’y a pas d’histoire de lecture personnelle non plus. Parlons du livre X pour pouvoir passer au livre suivant. Et quand on parlera d’Y, avec un peu de chance, on mentionnera peut-être X ou tout autre livre lu avant. Pourtant, une critique sérieuse – et évidemment, la critique sérieuse est rare dans cette multitude de blogs, celui-ci toujours inclus – se doit de partir du livre jugé pour parler des livres. Pour dire d’où il vient, où il se place et vers où il va – historiquement et personnellement. Mais le blog littéraire devrait parler de plus qu’un livre, de plus que des livres. Le blog littéraire devrait parler de littérature et de son avenir. Il devrait être un espace de réflexion critique et théorique. Certes, partager des nouvelles (le moins possible tout de même, il y a d’autres endroits pour ça). Certes, recommander des lectures. Certes, tracer des généalogies, esquisser des familles. Certes. Mais surtout débattre du littéraire, de son futur comme de sa tradition. On lit souvent, ces temps-ci, que la vraie critique littéraire se trouve sur internet. Et pourquoi pas ? Mais à vrai dire, la seule différence actuellement, c’est que certains blogs parlent de certains livres dont on ne parle pas dans la presse traditionnelle ou, si on en parle, ils y accordent plus d’espace. Pour ce qui est du traitement, de la perspective, de l’analyse, le bon blogger littéraire est-il autre chose qu’un journaliste amateur, qu’un critique sans espace pro ? Malheureusement, non.

Pour ce qui est du format blog, on en fait ce que l’on veut, mais il a tout de même quelques caractéristiques spécifiques qui sont celles de ce qu’on appelle le web 2.0 et qui permettent interconnectivité et interactivité. Au-delà de tous les commentaires et analyses sur ce sujet qu’on retrouve un peu partout sous les claviers des gourous auto-proclamés d’internet, il me parait pertinent de souligner le plus simple : à travers un blog, plus que de livrer ses états d’âmes, on peut créer une sorte de communauté et lancer des discussions à travers les commentaires mais aussi de blogs à blogs. Peut-on dire qu’il y a une communauté de bloggers littéraires ? Malgré des efforts louables, la réponse est non si l’on considère que pour cette communauté se constitue, il ne suffit pas de s’identifier comme blogger littéraire et de parler de livres : la communauté a besoin de liens plus forts que la plateforme ou que le partage d’un thème vague. Seconde étape : les bloggers lancent-ils véritablement des discussions ou des débats substantiels ? Passons sur le fait que certains blogs n’autorisent même pas les commentaires (un blog sans commentaire est-il encore un blog ?) pour s’intéresser aux autres : dans le pire des cas (Assouline), les lecteurs se laissent aller à des foires d’empoigne, s’appliquent à déverser leur fiel et se lancent dans des conflits virtuels qu’aucun n’oserait mener en dehors de ce type d’espace, interdisant ainsi à une minorité de bonne volonté toute discussion sérieuse ; dans le meilleur des cas, il s’agit de marquer son accord / désaccord, de féliciter le blogger, de parfois ajouter une ou deux phrases, merci au revoir. Il ne s’agit absolument pas, du pire au meilleur, d’un débat. Et qu’en est-il du dialogue entre blogs ? Je répondrai par une question : en oubliant les messages qui signalent les pages appréciées par le blogger, quand fut la dernière fois que vous avez lu une note répondant à ou partant d’une note d’un autre blogger, et ce de façon substantielle, avec un autre but que la moquerie, l’insulte, l’ad hominem ?

Je pense malheureusement qu’en matière littéraire, le francophone n’est jamais passé au 2.0. Ou plutôt, il n’y a emprunté que le plus flashy (la possibilité d’insérer des vidéos, par exemple) mais se sert de l’interface comme d’une homepage pour nul, une interface gratuite, un site web dont la maintenance ne sera que minime. Le problème n’est pas le blog, le problème c’est que nous ne savons pas nous en servir.

De toute façon, quel que soit le format, la discussion est difficilement possible dans une blogosphère qui se contente de parler du livre de X. Dans la plupart des cas, les opinions varient mais dans un éventail limité et s’il y a une communication inter-blog, elle sera pauvre car peu intéressante. Par contre, si le blogger A dans son post sur le livre Y parle, pour prendre des thèmes courants à titre d’exemple faible, du politique dans la littérature ou, pourquoi pas, du narrateur non fiable (il faudra, c’est évident, développer un minimum, en dire quelque chose, pas seulement nommer la question), le blogger B peut s’en faire l’écho, le blogger C y répondre en abondant dans le sens de A en ajoutant son grain de sel, le blogger C peut réfuter point par point les vues de B, etc. Rien de ce que je dis ici n’est bien original. Tout le monde sait que ça peut se passer comme ça, tout le monde devrait savoir que ça doit se passer comme ça. Mais alors, et c’est la principale question que je me pose, pourquoi ça ne se passe jamais comme ça dans la blogosphère française ? Pourquoi ? Pourquoi le plus gros débat lu récemment était sur les qualités d’un livre précis, sans rien dire vraiment sur le roman, la littérature et les autres livres, tout en descendant dans l’ad hominem et les insultes pour faire bonne mesure ? Pourquoi, dans le meilleur des cas, il ne s’agit que d’expliquer le livre lu et de dire pourquoi on l’aime, pourquoi on ne l’aime pas ?

J’insiste depuis le début sur les blogs francophones. Est-ce que cela se passe mieux ailleurs ? Des insultes, des commentaires brefs d’appréciation générale ou des notes sur des livres pris isolément, il y en a partout, loin de moins l’intention de prétendre le contraire – même si le niveau absolument sidérant d’insulte et de malveillance que l’on trouve sur certains des plus gros blogs francophones, je ne l’ai rencontré nulle part ailleurs si ce n’est, peut-être, sur quelques blogs d’Amérique latine. Alors, en espagnol et en anglais ? Eh bien, c’est rare mais on retrouve des notes aux commentaires essentiellement civils et surtout authentiquement intéressants. On retrouve aussi des discussions se répandant d’un blog à l’autre, comme celle lancée par Richard Crary sur la pertinence du terme « novel », poursuivie par Dan Green, relayée par Mark Thwaite et Stephen Mitchelmore. Ce sont, à mon sens, des cas exemplaires. Ils concernent un nombre très restreint de bloggers et de notes dans chaque langue mais ils existent. Je ne me souviens pas de pareilles choses en français. La question est donc : pourquoi ? On a déjà cité l’utilisation très 1.0 des blogs. On a aussi parlé de l’aspect limité des papiers. Il y a un troisième paramètre – et il va main dans la main avec le second -- : le lecteur. Le lecteur francophone est-il seulement intéressé par autre chose que des recommandations de lecture ? Déçu sans doute par la critique traditionnelle, veut-il que le blogger fasse autre chose que la même chose en mieux ? Je ne pense pas. Je pense que dans son écrasante majorité, le lecteur de litblogs veut qu’on lui cause livre, pas littérature. Il veut un guide d’achat alternatif, pas un questionnement théorique. Et comme le blogger n’est qu’un lecteur de blog qui décide de se mettre à bloguer, le résultat ne peut qu’être celui que l’on a : dans le meilleur des cas, un panorama de critiques online se regardant le nombril.

1) Le problème n’est pas un problème de format, le problème est un problème d’utilisation de format.
2) L’intérêt principal du blog, au-delà de la facilité d’utilisation et de la possibilité d’y mêler différents types de médias, est de créer une communauté et de bénéficier d’une certaine interaction avec les lecteurs et les autres blogs.
3) Un blog sans commentaires n’est pas un blog.
4) Chez nous, le lecteur aime ou n’aime pas, le blogger lie ou ne lie pas. Approuver ou désapprouver, ce n’est pas dialoguer.
5) En francophonie, la différence entre le web 1.0 et le web 2.0 c’est la différence entre un cunt et un flashy cunt.
6) Notre incapacité à profiter des spécificités est partiellement de notre faute. Parce que, dans la plupart des cas, nos textes n’encouragent pas au débat : une critique de livre basique n’offre que des possibilités limitées de discussion. Parce que lorsque l’un d’entre nous écrit quelque chose qui pourrait faire débat, nous nous en faisons rarement l’écho (lier l’excellent article de… n’est pas suffisant).
7) Notre incapacité à profiter des spécificités est aussi liée aux lecteurs. Ils picorent, ils ne contribuent pas. Ils disent parfois bien, parfois mal, c’est tout. En partie parce que nous n’offrons pas de raisons de faire plus. En partie parce que ce que nous faisons de mieux ne l’intéresse pas tant que ça.
8) Le lectorat des litblogs français n’a, en général, aucun intérêt pour la littérature. Il lit des livres.
9) Le litblogger français ne s’intéresse pas à la littérature. Il parle (parfois) de livres.

Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a pas de place pour le blog carnet de bord à l’ambition limitée, ou le blog fournissant sa petite critique hebdomadaire ou le blog fournissant les dernières nouvelles. Non, il s’agit de dire qu’il doit aussi y avoir autre chose et que cette autre chose, je ne la trouve pas. Il y a, à n’en pas douter, des gens capables de le faire, mais ils ne le font pas. J’aimerais, à l’avenir, transformer ma pratique blog pour me rapprocher de ce type d’ambition, mais tout ça nécessite plusieurs choses : non seulement les capacités à mener à bien ce programme critique, mais également qu’un certains nombres de bloggers s’y mettent aussi. Et sans un lecteur qui participe authentiquement, tout le travail d’une poignée de bloggers ne servira à rien.

Que l’on se comprenne bien : je ne prétends pas mieux valoir ou répondre à ses hautes aspirations. Tabula Rasa et le Fric-Frac Club sont tout aussi coupables. Tout ceci n’est une attaque contre personne. Il s’agit tout d’abord d’une réflexion un peu confuse née de mon insatisfaction personnelle par rapport à ma propre pratique et à mes textes ici et sur là. J’espère juste qu’elle interpellera quelques uns parmi vous.

Quelques souhaits:

1) Causer littérature avant de causer livre.
2) Lorsqu’on cause d’un livre, placer clairement ce livre parmi d’autres livres.
3) Tenter d’aller au fond des spécificités des textes abordés.
4) Débattre littérature.
5) Multiplier les papiers « transversaux ».
6) Créer une sorte de dialogue communautaire.
7) Rebondir sur ce qui se fait ailleurs.

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5 ans plus tôt

Hier, 20 ans depuis la mort de Bernhard. Hier aussi, 25 ans depuis celle de Cortázar.

De nombreuses mentions de l'auteur argentin sur Tabula Rasa, mais un seul papier lui a été entièrement consacré. Je le reproduis ci-dessous. Le service normal reprendra progressivement la semaine prochaine.

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Le lecteur est invité à choisir entre les deux possibilités suivantes :Le premier papier se lit comme se lisent les papiers d’habitude et il finit au paragraphe trois. Après quoi, vous pouvez changer d’url sans remords.Le deuxième papier se lit en commençant au paragraphe 4 et en continuant la lecture dans l’ordre indiqué à la fin de chaque chapitre. En cas d’incertitude ou d’oubli il suffira de consulter la liste ci-dessous :
(4)(1)(5)(2)(7)(6)

(1)
Dans le Saint-Germain-des-Prés du début des années ’60, toute l’Amérique latine vit, tout le monde pense, tout le monde écoute du jazz, tout le monde écrit, tout le monde soliloque. Horacio Oliveira, ni jeune, ni vieux, pense, jazze, soliloque beaucoup. Seul et avec ses amis du club. Et il voue un culte à l’écrivain-philosophe Morelli. Mais tout ça ce n’est rien à côté de l’amour qu’il n’admet pas ressentir pour la Sibylle, lui qui la maltraite, la pousse dans les bras d’un autre et affiche son indifférence au sort du petit Rocamadour, enfant qu’elle a eu dans une vie précédente.(5)

(2)Ce n’est qu’à son retour en Argentine que l’importance de l’absence, l’horreur du vide laissé, devient évidence. Horacio la recherche, cette Sybille. Il la recherche en Urugay. Il la recherche dans toutes les femmes. Il la recherche dans les tréfonds de son âme. Et il pense la retrouver, transmigrée, transformée en Talita, la femme de son meilleur ami, le Traveler qui ne voyage pas. Il a tout faux ou il a tout vrai ? On ne saurait trop vous le dire puisque qu’on est finalement enfermé dans une maison de fou où il est impossible de déterminer si l’insane est du côté des enfermés ou des enfermeurs.(7)

(3)C’est bien, ce roman.

(4)« Appelle ça hypothèse de travail ou comme tu voudras. Ce que Morelli essaie de faire c’est de troubler les habitudes mentales du lecteur. Quelque chose de très modeste, comme tu peux voir, rien de comparable au passage des Alpes par Hannibal. Jusqu’à présent, du moins, il n’y a pas grand-chose de métaphysique chez Morelli, mais toi, évidemment, Horace Curiace, tu es capable de trouver de la métaphysique dans une boîte de tomates. Morelli est un artiste qui se fait une idée spéciale de l’art et cela consiste principalement à jeter à bas les formes usuelles, chose courante chez tout bon artiste. Par exemple, il a horreur du roman rouleau-chinois, du livre qui se lit du début à la fin, bien sagement. Tu as sans doute remarqué que la liaison entre les différentes parties le préoccupe de moins en moins, cette histoire du mot qui en entraîne un autre… Quand je lis Morelli, j’ai l’impression qu’il cherche une interaction moins mécanique, moins dépendante des éléments qu’il manie ; on sent que le déjà écrit conditionne à peine ce qu’il est en train d’écrire, d’autant que le vieux, après quelques centaines de pages, ne se rappelle plus très bien ce qu’il a dit au début. »(1)

(5)« Marelle » n’est pas tellement un roman interactif, puisque la lecture de quelque roman que ce soit crée toujours un rapport intime entre le verbe posé sur le papier, sa signification dans le monde commun et sa résonance dans notre propre esprit, rapport qui est déjà nécessairement interaction : sa nature change d’un lecteur à l’autre. Non, ce que Cortázar fait, c’est changer certains paramètres de cette relation, altérer la donne, transformer ce que l’on croyait éternel, coulant de source, en une suite d’habitudes brisées. Et là, on doit donc s’interroger quant au changement réel, concret par rapport à l’expérience de lecture habituelle. S’agit-il seulement du plaisir d’être bousculé, ou est-ce un tsunami interne, un bouleversement incontrôlé de son rapport au roman, une éponge passée sur le tableau, effaçant la définition académique inscrite à la craie ?(2)


(6)Mais qui, mais qui lit ce chapitre 55 ? L’adepte de la ligne droite ? L’adepte de l’école buissonnière cautionnée par le maître ? Le vrai franc-tireur ? Celui qui se croit malin ? Mais quelle, mais quelle est la dernière phrase de ce livre ? « Ah ! Ah ! dit Ovejero pour l’encourager » - encouragement du berger qui vient trop tard pour la brebis égarée- ou « Mort au chien, dit le 18. » - il est déjà mort ? Oui, « Marelle » nous dit au revoir sur une boucle infinie, mais est-ce un chiffre ou un mot qui viendra briser cette boucle, ou est-ce, peut-être, ce fameux 55 qui nous intime, par le biais d’une phrase tentaculaire, de ne pas sombrer. « Ils le sentirent tous les deux au même instant et glissèrent l’un vers l’autre comme pour tomber en eux-mêmes, sur la terre commune où les mots, les caresses et les boucles les enveloppaient comme la circonférence contient le cercle, ces métaphores apaisantes, cette vieille tristesse satisfaite de redevenir l’homme de toujours, de continuer, de se maintenir à flot contre vents et marées, contre l’appel et la chute ».

(7)On nous dit que « Marelle » est un labyrinthe. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas une « Maison des feuilles ». Ce n’est pas un texte de Borges. Non, c’est un dédale. La différence ? Dédale invente le labyrinthe. Dédale invente la façon de ne pas s’y perdre. Suivre Dédale dans le dédale qu’il a construit, c’est avoir la certitude de voir un jour la lumière de la sortie. C’est ne pas être perdu. C’est déjà être hors du labyrinthe. Mais il y a un ultime problème. La porte de sortie est-elle vraiment la porte de sortie ? Minos aurait-il pu en changer la place ?(6)

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20 ans


(photo de Joseph Gallus Rittenberg)

Sur Tabula Rasa: Thomas Bernhard.

Mes prix, un texte inédit, vient de paraître en allemand, la traduction est prévue sans qu'une date ne soit avancée.

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Modernist Lad Lit

On le disait déjà la première fois qu’on a évoqué B.S. Johnson ici même et bien d’autres l’ont dit avant : rien de ce qu’il fait n’est foncièrement neuf. Il est, en quelque sorte, un moderniste de la dernière heure, un homme qui revient à des techniques développées par d’autres. De Tristram à Beckett, l’éventail est complet. Si on suit John Lanchester, il considérait que le roman était une forme épuisée, et pourtant il ne cessait d’en écrire. Sans réinventer la forme, il se réinventait lui. Comme si ce qui l’intéressait c’était, plutôt qu’être nouveau, être foncièrement honnête. Les métamorphoses du private Johnson forment, du coup, dans la perpétuelle guerre que l’écrivain livre à la fois au réel et à son écriture, parmi les plus belles pages.

Quidam, en ce début d’année, publie une traduction du second roman de notre working class anti-hero littéraire. « Albert Angelo », le fameux livre troué – fenêtre deux pages en avant comme il le dit lui-même ou oblitération de ce qu’il y avait avant le trou ? C’est l’histoire d’Albert Albert qui, alors qu’il approche la trentaine, ne peut vivre de sa formation d’architecte et est contraint de se rabattre sur des postes temporaires de professeur de gamins difficiles dans des écoles de sales quartiers. La vie pouvant toujours être pire, il ne cesse de retourner dans sa tête et ses tripes la fin de la relation avec l’amour de sa vie et ses seuls moments de bonheur consistent à faire un tour dans la caisse de son seul ami, pareillement trahi par l’amour, dans une recherche obsessive des beautés architecturales londonienne qui finit toujours soit au restaurant grec ou dans des délires de petits voyous. Chez B.S. Johnson, la vie n’est jamais drôle.

C’est aussi l’histoire d’Albert Albert narrée de façon multiple. Il parle pour lui-même, sur un mode prétentieux où il s’auto-trompe, en quelque sorte. On parle de lui, que on soit le narrateur ou ses élèves (et les extraits de rédac’ où ses pupilles lui refont le portrait sont d’une cruauté à se pisser dessus). On dialogue comme au théâtre, on fait des vers, on met en page dans un dynamique verticale à gauche les cours dispensés, à droite les pensées du dispensateur ou bien à gauche les activités peu académiques d’ados aux hormones explosives et à droite les écarts d’esprit du grand esprit Albert, on expose, on développe et on désintègre. Regard d’une cruauté assez sidérante, écrivain à l’humour désenchanté, texte étrangement hilarant. Chez B.S. Johnson, la vie est toujours désopilante.

Pas tout à fait neuf en 1964, qu’en dire en 2009 ? L’un des thèmes les plus évidents (et pourtant certainement pas le plus important) de « Albert Angelo » est celui du gâchis du système éducatif et de la difficulté d’enseigner dans les écoles au public, pour employer un euphémisme bien d’aujourd’hui, défavorisé. Amusant que ce livre sorte donc à quelques semaines d’une cérémonie des Oscars où le prix du meilleur film étranger pourrait revenir à l’adaptation d’un livre de François Bégaudeau se déroulant dans un lycée de « zone sensible ». Pas d’autre point commun entre les deux projets, si ce n’est un constat d’échec d’un système qui n’a jamais vraiment fonctionné quoiqu’il en soit. Gageons que Bégaudeau classerait tout de même Johnson parmi les réactionnaires que son livre, d’une certaine façon, visait à contrecarrer : Albert Albert n’aime pas ses élèves, Albert Albert ne pense rien d’eux, Albert Albert n’en sauvera pas un. B.S. Johnson, issu d’une famille ouvrière, labour convaincu, avait surtout compté sur lui-même pour son éducation.

« Le jeu de Chelsea se détériore sérieusement, passant tour à tour de la médiocrité la plus épouvantable à une adresse frisant la perfection. Les supporters de Chelsea sont des hommes (…) qui ont besoin de ressentir une gamme d’émotions violentes et contrastées en moins de quatre-vingt-dix minutes. (…) Peu importe l’entraîneur ou les joueurs, la tradition demeure, se perpétue. »



Qui suit le football anglais aura compris que l’extrait qui précède est dépassé. Croulant sous l’argent des deals TV ou de milliardaires en quête de jouets exclusifs, le paysage footballistique a radicalement changé. Dans la seconde moitié des années ’90, à l’époque où on recommençait timidement à lire Johnson en Grande-Bretagne, une série d’auteurs qui mettaient en avant la bière (on boit beaucoup de bière dans « Albert Angelo »), le sexe (on en parle beaucoup dans « Albert Angelo »), la violence hooligan (on se contente de faire le voyou, dans « Albert Angelo ») eurent une succès certain. La majorité de leurs récits se déroulaient dans les années ’80, soit précisément les dernières années de cette tradition évoquée par B.S. Johnson. Bien entendu, les lecteurs de ces livres ne lurent pas son livre, la coïncidence n’étant que temporelle : ni glorification, ni complaisance chez lui, juste un regard acéré, un souci formel et un rire un brin cruel. Si John King était le pro de la lad lit il y a dix ans, mettant en avant, comme marque positive, la stupidité d’une masse aux testostérones par trop en avant, Johnson, en parlant d’une foule satisfaite de son insatisfaction, donnait dans la lad lit désespérée.

Et donc, même quand on le remet au goût du jour, B.S. Johnson n’est jamais à jour. Never up to date, always out of date. Et pourquoi se soucier de nouveauté ? Les livres de ce moderniste prolo, et peut-être tout particulièrement « Albert Angelo », fonctionnent comme des antidotes au temps littéraire et moral. Mais tout ceci nous entraîne finalement assez loin de ce qui fait la force du livre et de ce qui nous met sur la piste de l’énigme Johnson. Sur 170 pages, on a l’impression d’être dans un roman vintage Johnson mais pas tout à fait aussi bon qu’on sait que Johnson peut l’être. On a aussi l’impression que Albert Albert est Johnson, en version architecte moderniste frustré plutôt qu’en écrivain moderniste frustré. Et tout ça est un peu… frustrant, bien que admirablement foutu et extrêmement amusant. Et voilà donc la page 171. Et voilà donc neuf pages de désintégration où l’écrivain confesse ses ambitions ratées, l’échec de son projet présent, l’ampleur de son projet futur. Confession plutôt déchirante, orchestrée avec un talent qui fait oublier quelques unes des (rares) faiblesses qui précédent et qui font, une fois de plus, admirer un écrivain qu’on découvre à chaque lecture. C’est ici donc qu’on trouve aussi une clé, c’est ici qu’il nous dit, dans ce grand déballage, non seulement, comme on nous rappelle toujours qu’il l’a dit, que raconter des histoires, c’est raconter des mensonges mais aussi, et peut-être surtout, comme on nous le rappelle moins, que l’écriture c’est la vérité. Et c’est là qu’on se rend compte que si Johnson reprend, au cours de son œuvre, tant de procédés déjà développés ailleurs, s’il refait ce qui a été fait, c’est pour, à travers ses exercices d’écriture, trouver la vérité. Et c’est finalement là qu’on se rend compte que le jeu de saute-mouton qu’il mène avec les formes aura voulu dire que cette vérité, il ne l’a jamais trouvée, que ce soit d’un point de vue littéraire ou dans sa vie privée. C’est ainsi décidé : dans ces neuf pages de 1964, il expose ce qui provoquera le funeste 13 novembre 1973.

B.S. Johnson, Albert Angelo, Quidam, 20€

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Más librerías

Le dimanche, c’est le jour des posts inconséquents. Et quoi de plus inconséquent que de vous parler de librairies madrilènes ? J’avais commencé il y a bien longtemps, j’avais continué en filigrane et cette fois-ci j’ajoute deux noms à la liste. Leçon ? Plus on connait la ville, plus on trouve des libraires corrects. Contrairement à d’autres villes où elles sont partout, à Madrid il faut chercher.

Au coin de c/ Ferraz et de c/ de Luisa Fernanda, juste en face du parc qui abrite le temple de Debod, cette construction ramenée pierre par pierre d’Egypte, offert à l’Espagne en 1968 par un gouvernement égyptien souhaitant montrer sa reconnaissance pour la contribution ibère au sauvetage d’Abu Simbel, la librairie El Aleph. En vérité, il doit s’agir d’une pièce de vingt mètres carré, guère plus, où s’amassent une quantité logiquement réduite (mais impressionnante si rapportée à la surface disponible) de volumes. Le patron semble porté sur les philosophies orientales et les romanciers asiatiques, vu l’espace dévolu à ces domaines. La sélection de poésie ainsi que de fiction espagnole est appréciable et surtout choisie. Le problème c’est que vu le manque de place et malgré les efforts évidents pour garder une logique de classement, les livres sont empilés les uns sur les autres, se cachent, se mélangent, etc. Comme une librairie de seconde main remplie de neuf. Le plus réjouissant, c’est que malgré le bordel relatif, les bouquins sont en état impeccable (et qui fréquente les librairies espagnoles sait que c’est trop rarement le cas, surtout pour les titres moins récents) et qu’à l’achat, le libraire les nettoye à la brosse et au chiffon, et gomme les éventuelles traces de doigt sur les volumes blancs.

Le coup de cœur va à La buena vida, « café de libro » récemment ouvert appartenant au cinéaste et écrivain David Trueba. C/ Vergara, à un jet de pierre de l’opéra et du palais royal. En suivant le lien, vous pourrez voir quelques photos. Cet un endroit  agréable et accueillant, joliment conçu et, si on ne trouve pas des masses de bouquin qu’on ne trouvera pas ailleurs, le choix est fait avec goût. On y vend aussi une sélection intéressante et pertinente de DVD’s et de CD’s, dont, quand j’y étais, un album inédit de Matt Elliott sur Acuarela, uniquement disponible à La buena vida. Trueba y organise aussi des concerts gratuits (dont, justement, une série célébrant les 15 ans d’Acuarela) ainsi que des lectures / rencontres avec des écrivains ou des cinéastes. Lorsque j’y ai acheté un livre, on nous a offert un thé (excellent, d’ailleurs) à boire en parcourant les suppléments culturels sous fond musical de jazz. Un lieu pour passer une très bonne après-midi.

(Je m’en vais ce soir pour quelques semaines, il y aura sans doute fort peu d’activité si ce n’est un post qui devrait venir courant de la semaine prochaine)

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2009 sera ou ne sera pas

Au plus profond de moi, je dois être un vrai conservateur. J’adore les bilans chiffrés et je raffole des résolutions. Les chiffres, c’était l’autre jour, les résolutions 2009 c’est pour aujourd’hui. 

Il y a un an, je comptais lire plus en espagnol et je prévoyais une baisse du nombre de livres lus sur l’année. Ce fut bien le cas. Par contre, je n’ai pas moins lu en français, mon voyage en littérature allemande est en panne sèche ou presque, je n’ai pas terminé mes périples chez Vila-Matas, Barth et Bolaño alors que Auto-fission est à l’agonie. Je suis un peu surpris, parce que, niveau littéraire, je suis généralement assez bon à l’heure de respecter mes résolutions. Que s’est-il passé ? Deux choses, à mon sens : une année assez exceptionnelle pour la littérature française et la découverte d’une fascinante nouvelle « génération » espagnole. Je ne sais pas du tout si j’aurai d’aussi belles surprises françaises en 2009 qu’en 2008, mais l’effort espagnol se maintiendra sans aucun doute, s’il ne s’accentue pas. J’ai aussi vu, au cours des douze mois passés, un assez grand focus sur les nouveautés du moment. D’un côté, c’est regrettable – quel besoin de lire maintenant le livre qui sort maintenant, au vu de tout ce qu’il me reste de 2007 ou de 1876 ?—mais lorsqu’on s’intéresse à l’évolution du littéraire et que l’on tient non seulement à lire le « canon » mais aussi à s’élaborer un canon contemporain personnel et à participer au débat, l’intérêt pour le hic et nunc vient automatiquement. C’est sans regret : n’en déplaise aux amants du réalisme 19eme, il se passe aujourd’hui des choses fantastiques.

D’autres choses : nouveau Pynchon en août, ergo Fausto voudrait relire tout Pynch avant ; dossier Bolaño dans le numéro trois d’une bientôt célèbre revue, ergo Fausto voudrait relire tout Bolaño. Irréalisable, sans aucun doute mais soyons résolus, demandons l’irrésoluble. Pour le reste, je lirai ce dont j’ai envie quand j’en ai envie avec la certitude, fin décembre, d’avoir, à l’heure du bilan, quelques surprises. Et si vous me demandez quelques paris sur les tendances et les surprises, je prédis un sursaut des mes lectures US puisque quelques gros noms sont annoncés. On espère que les petits nouveaux pointeront aussi le bout de leur nez. 

Vous pourrez de toute façon deviner mes lectures en lisant ce blog ou celui du FFC. Je dois en tout cas vous prévenir que je vais encore partir loin de chez moi pendant cinq semaines et donc il est fort possible que les mises à jour soient très rares jusqu’à début mars. Pour le seul lecteur de auto-fission (le dénommé garpo-moustache), cette petite précision : les idées et les fragments s’accumulent mais rien n’aboutit. Bientôt, j’espère. 

Pour finir, et comme chaque année, les emplettes madrilènes – pour les nouveaux Fausto suele pasar Nochevieja en España – qui feront, je l’espère, les belles heures de Tabula Rasa : « Homo sampler – tiempo y consumo en la era Afterpop » de Eloy Fernández Porta, « El comienzo de la primavera » de Patricio Pron, « Cut & roll » de Oscár Gual, « El viaje a la ficcíon » de Mario Vargas Llosa, « Un lugar llamado Oreja de Perro » de Ivan Thays, « Calor » et « Resurrección » de Manuel Vilas, « Creta lateral travelling » de Agustín Fernández Mallo, “Nembrot” de José María Pérez Álvarez, “La novela luminosa” de Mario Levrero, “Casi nunca” de Daniel Sada, “Ya sólo habla de amor” de Ray Loriga, “La vida rescatada de Dionisio Rodruejo” de Jordi Gracia, “Proust fiction” de Robert Juan-Cantavella et enfin “Click” de Javier Moreno. Je suis bon pour un an. Ne dites rien à ma femme, elle pense que je sors me promener…

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Crise du livre: des chiffres 2008

Parce que la littérature est toujours affaire de chiffres, comme nous les savons déjà.

132 livres (- 11.4%)

40000 pages (-12.9%)

(303 moyenne) (-1.7%)

101 auteurs (-9%) soit 1.3 par auteur

5 Vila-Matas, 5 Coover, 4 Aira, 3 BS Johnson, 3 Enard.

32 pages (-5.9%) à 1016 (- 22.6%)

27 pays (+12,5%) soit 4.9 par pays

37 USA (-31.2% volume absolu, -7.6% parts de marché), 25 France (+43.8%, +6.7%), 18 Espagne (+80%, +6.9%), 9 Argentine (+12.5%,+1.4%), 8 Royaume-Uni (-27.3%, -1.3%), 4 Mexique

14 langues: 50 anglais (-26.5%, -7.7%), 37 espagnol (+15.6%, +6.5%), 26 français (+62.5%, +9.0%), 7 allemand (-53.3%, -4.8%),

Lus 3 langues: 70 français (-5.4%, +3.3%), 40 anglais (-39.4%, -14%), 22 espagnol (+144%, +10.7%)

Analyse des perspectives 2009 à venir.

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Le retour du même, only different

Depuis la catastrophe Steven Hall, on frémit chaque fois qu’un jeune auteur met en œuvre des tactiques éminemment postmodernes, renvoyant trop directement à d’illustres prédécesseurs alors qu’il vaudrait sans doute mieux déployer des stratégies narratives un tant soit peu personnelles, si pas contemporaines. « The lost books of the Odyssey », premier roman de Zachary Mason, rappelle certains grands moments d’il y a quarante ans, ne frustre pas. Au contraire.

Pourtant, c’est le type de livre qui s’ouvre avec une introduction académique qui explique comment on parvint à mettre (et à décoder) la main sur les textes qui le compose. C’est le type de livre qui se referme avec un appendice expliquant les pérégrinations des textes à travers les âges. C’est le type de livre où même la bio de l’auteur est (glorieusement) fausse. C’est le type de livre où on réécrit le mythe. C’est le type de livre où on domestique le mythe. C’est le type de livre où il y a des histoires dans des histoires dans des histoires. Bref, Nabokov, Borges, John Barth. Surtout John Barth. Et ce n’est pas fini: c’est l’odyssée qu’il réécrit. Comme Margaret Atwood et Ben Ehrenreich très récemment. Sans l’avoir lu, on a l’impression de l’avoir déjà lu. Et même s’il est vrai que pas mal de ce qui se passe nous est familier, penser que l’on sait déjà ce qu’on y trouvera est une erreur.

Comme son titre l’indique, « The lost books of the Odyssey » se présente comme la compilation d’épisodes perdus des aventures de l’homérique Odyssée. On s’attendrait à un volume épais comme un dictionnaire, mais il est en fait relativement fin : ces livres sont surtout des fragments, tenant parfois sur pas plus de deux pages. Et comme son titre ne l’indique pas, il s’agit de plus que l’Odyssée et de bien plus qu’Odyssée lui-même. Par ailleurs, ce ne sont pas des pages, des chapitres, des livres perdus mais bien, dans la plupart des cas, d’écrits apocryphes, de variations bien postérieures à l’original, qui complètent, altèrent, contredisent le texte d’Homère. De plus, il ne s’agit pour les textes de Mason de développer le récit de départ, mais bien de se concentrer sur certaines images, sur certains thèmes – voir les sous-titres de chaque chapitre, de vengeance à tromperie en passant par mémoire.

On pourrait craindre que pour apprécier « The lost books of the Odyssey » il faille connaître « L’odyssée ». Ce n’est que partiellement vrai. Si l’effet d’une reprise ou d’une réinterprétation ou d’une réécriture dépend évidemment de notre compréhension de ce qui a changé, il est tout aussi possible d’apprécier le résultat de pareils procédés sans en connaître la source. Le lecteur lambda qui des classiques grecs ne connaît vaguement que les principales péripéties se retrouvera en tout cas ici dans une position lui permettant d’apprécier ce qui se détache de ce qu’il sait et ce qui pour lui est pur travail de l’imagination de Mason. Et précisément, la force du livre dérive principalement de cette imagination. Si on veut bien se frotter la pointe de la barbe en murmurant « brillant, brillant » devant la perversion du texte de base, il est tout de même encore bien plus satisfaisant de s’émerveiller devant la version masonienne de l’invention du stratagème de Troie ou de sa transfiguration de Hélène en renard tout simplement parce que c’est excellent en soi.

Si on a pu lire en ligne que « The lost books of the Odyssey » formait une sorte d’anti-Odyssée, un commentaire du texte d’Homère « soulignant ses élisions » et « sondant ses interstices », on a pour notre part l’impression que le critique lit lui-même une version fantasmée du premier roman de Zachary Mason. Bien que les nombreuses références au conflit fondamental d’une certaine mythologie jetant orient contre occident ne soient pas innocentes, ces considérations passent au second plan lorsqu’il s’agit de comprendre ce qui nous a plu. Au final, c’est qu’en restant plus simple qu’un Barth et en utilisant veille casserole et vieille recette, le plat qu’on en sort, miraculeusement, recèle des promesses d’une voix nouvelle et séduisante à laquelle, pour peu qu’elle s’émancipe, on se marierait bien d’ici à quelques années.

Zachary Mason, The lost books of the Odyssey, Starcherone Books, $16

Le roman est disponible gratuitement en ligne dans son intégralité. Si ça vous plait, achetez la version papier…

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Sous le sapin

(Où l'on voit que c'est surtout la quantité qui attire Fausto)


Et chez vous?

(Je pars demain pour l'Espagne, jusqu'au 14 janvier. J'espère vous livrer un texte sur "The lost books of the Odyssey" de Zachary Mason, ainsi que, en toute probabilité, deux ou trois autres posts, tout à fait inutiles ceux-là)

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Fausto's 2008 notable books

C’est l’époque des best of et des listes de toutes sortes. Tabula Rasa n’échappe pas à cette tradition dépourvue d’intérêt autre que celui de faire un peu de bruit et de s’amuser tout seul. N’hésitez pas à en faire de même en commentaire. La seule différence cette année par rapport à l’an passé, c’est que nous sommes occupés, avec mes petits camarades du Fric-Frac Club, à élaborer une liste des meilleurs titres de 2008 pour laquelle il a donc fallu rendre une sélection de dix titres maximum. La bibliothèque 2008 du FFC sera publiée courant janvier, et vous en trouverez mes choix plus bas. Notez bien qu’il ne s’agit pas d’une liste raisonnée : elle a été élaborée plus par souci de diversité que par véritable évaluation / hiérarchisation. Je recommande, bien sûr, la lecture de chacun de ces livres.


Petite remarque sur 2008 : je suis très satisfait par la qualité et la variété de ce que j’ai lu, tout particulièrement ce qui vient d’Espagne, suivi de près par l’AmSud et, surprise, surprise, la France. Par contre, j’ai été assez déçu, à quelques exceptions près, par les romans US. Quelques poids lourds sont annoncés pour 2009, mais j’ai un peu de mal à entrevoir la relève – alors que dans le monde hispanophone…


Si un livre a écrasé toute concurrence, il s’agit certainement du magistral, de l’époustouflant « 2666 » de Bolaño. C’est tellement le cas que, à l’heure d’élaborer ma liste FFC, je l’ai placé hors compétition et que s’il y avait un prix Tabula Rasa du roman de l’année, je ne le prendrais pas en considération pour succéder à Reinhard Jirgl : la force et la qualité de « 2666 » n’a pas besoin de prix ou de places de choix pour s’imposer à tous. Et donc le prix TR 2008 irait à Manuel Vilas pour « España ». Si on comptait faire un prix du roman francophone, je n’aurais d’autre choix que de le décerner aux « Fragments de Lichtenberg » de Pierre Senges, dont on n’a pas assez parlé mais qui, à mon sens, écrase absolument l’ensemble de la production française de cette année qui, pourtant, fut de qualité.


Le reste du top FFC 2008 de Fausto, dans l’ordre de lecture.

Lydia Millet« How the dead dream »
Julián Ríos« Cortège des ombres »
Toby Olson
« La boîte blonde »
Régis Jauffret« Lacrimosa »
Céline Minard
« Bastard Battle »
José María Pérez Álvarez
« La soledad de las vocales »
Rolf Dieter Brinkmann
« Rome, regards »
Zachary Mason« The lost books of the Odyssey »


D’autres livres auraient dû s’y retrouver: « Zone », de Mathias Enard, « Za », de Raharimanana ; « A better angel » de Chris Adrian ; « Nocilla Experience » de Agustín Fernández Mallo ; « Madman Bovary » de Claro et « La velocidad de las cosas » de Rodrigo Fresán.

Notables 2007 lus en 2008
Eloy Fernández Porta - « Afterpop: la literatura de la implosión mediática »
Enrique Vila-Matas« Exploradores del abismo »
Alan Pauls
« Historia del llanto »
Alexander Theroux - « Laura Warholic or the sexual intellectual »
Steve Erickson« Zeroville »


Blasts from the past
Laurence Sterne« La vie et les opinions de Tristram Shandy »
B.S. Johnson« R.A.S. Infirmière-Chef »
Arno Schmidt«Leviathan »
Thomas Bernhard
- «Le naufragé »
Bohumil Hrabal - « Une trop bruyante solitude »
Mark Twain« Les aventures de Huckleberry Finn » sous la blanche main de Bernard Hoeppfner.


Attendez-vous à quelques posts légers de ce type-ci dans les jours qui viennent : c’est la saison du lourd dans l’assiette et du léger online. Tout au plus essayerai-je de quand même terminer une critique d’ici la fin de l’année, sans garantie.


Joyeux Noël à tous.

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Le retour de Pugnax

On était sans nouvelles de l'excellent Pugnax, compagnon de route de la première heure. En octobre 2006, il était un des seuls, avec Claro et Odot, à causer étranges US. Depuis, quelques autres sont venus, on se sent moins seul mais on a toujours chaud au coeur de voir l'essentiel blog Creamy & Delicious reprendre du service. Pour de bon, on espère.

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Toujours à l'hôpital

Quelques chanceux parmi vous auront peut-être lu il y a deux ans « The children’s hospital » de Chris Adrian et se seront émerveillés devant l’audace et la beauté d’un roman qui nous pris tous par surprise. Le livre avait été soumis à la plupart des éditeurs connus des Etats-Unis : ils l’avaient tous refusé, jusqu’à ce que Dave Eggers tombe dessus et décide de le faire paraître chez McSweeney’s. Sans connaitre les chiffres, on peut se dire que le succès fut au rendez-vous : cet été, c’est chez Farrar, Strauss and Giroux, maison de tradition, qu’Adrian revient. « A better angel » est son premier recueil de nouvelles.

Le lecteur non-averti, en lisant ses récits, se retrouvera dans un univers étrange, inattendu et inédit. Celui qui a lu son précédent roman ne sera pas surpris, mais il est pratiquement certain qu’il sera séduit. Les histoires ici réunies parlent d’anges, d’enfants, de maladies, d’hôpitaux, d’inadaptation, d’homosexualité, de mort et de deuil. On pourrait dire que Chris Adrian est un homme à trois casquettes : écrivain, pédiatre, théologien. Au vu de son considérable talent, on dira qu’il est un écrivain qui a étudié les religions et pratique la médecine pour gagner sa vie. Ce n’est pas juste, ou plutôt ne rend pas bien compte de ce qui se passe exactement, si « A better angel » est un point de référence suffisamment fiable : il n’y a pas de casquettes, il n’y a pas d’ordre de priorité. Il y a un homme qui, tout en même temps, est écrivain, pédiatre et théologien. Voilà ce qui semble évident à la lecture de ses neuf récits où rien ne sépare les activités et les soucis de l’auteur.

Un enfant de neuf ans ne parvient pas à se remettre du décès de son père, la prof remplaçante de primaire dirige vers lui – elle ne devrait pas – ses ambitions de changer le monde ; Béatrice se meurt en attendant une transplantation de foie et parvient à sortir de son corps pour aller voir ce qu’il se dit, pense et fait ailleurs dans les couloirs de l’hôpital ;  un gamin dont le frère siamois est mort d’un cancer oublie sa tristesse auprès d’une gamine aux pulsions un peu trop violentes ; à une époque indéterminée, Peter Damien souffre régulièrement de convulsions et de visions apocalyptiques de tours et d’avions ; un jeu de séduction étrange entre un ado renfermé dont le père est mort quelques années auparavant et une adolescente dont le paternel est décédé un matin de septembre 2001 à New York et qui suspecte la cible de ses attentions d’être l’antéchrist – idée qu’elle aime au plus au point.

Dans « A better angel », tous les enfants ne sortent pas de l’hôpital, les pères meurent, le 11 septembre est une catastrophe domestique, les survivants ne sont jamais indemnes, le surnaturel toujours proche et les anges font ce qu’ils peuvent. Ce qui est tout à fait curieux, c’est que tout ça pourrait juste être une autre liste d’histoires de familles dysfonctionnelles, de gamins perturbés et de violence suburbaine. De fait, si on tente de décrire ces histoires, c’est ainsi qu’elles seront comprises par votre interlocuteur. Il faut les lire pour se rendre compte de la transformation radicale à laquelle Adrian soumet ses situations connues. Edith Pearlman appelle ça réalisme magique médical, et il y a de ça même si encore une fois, en lisant, on se rend compte qu’il ne s’agit certainement pas d’une version pédiatrique d’un succédané marquesien. On a en fait le sentiment que Chris Adrian s’est conçu un genre sur mesure et que, pour le moment – voyons voir dans 25 ans ce qu’il en est– il séduit.

 La seule critique que je ferais à ces nouvelles, c’est d’être parfois trop « cute », trop mignonnes. C’est sans doute inévitable quand on manie les éléments utilisés par Adrian et qu’il faut parfois contrebalancer la dureté de certaines conditions médicales ou dérangements psychologiques. Après tout, j’imagine qu’un pédiatre doit savoir faire sourire son patient… Hormis ce petit souci, « A better angel » impressionne par la qualité des textes, la cohérence qui s’en dégage – on a parfois l’impression que c’est plus cohérent que certains romans, notamment grâce à des ressemblances de situations de récits à récits qui, pourtant, sont assez différents pour ne pas lasser --, la vivacité des narrations, la force de l’écriture et tout simplement l’étrange et puissante originalité de Chris Adrian. Cette fascinante collection de gosses atopiques (pour reprendre une terminologie qui sera familière à certains d’entre vous) pourrait tout simplement être le meilleur recueil de nouvelles de l’année : aucun des textes n’est mauvais, tous surprennent, touchent et forcent l’admiration.

Chris Adrian, A better angel, Farrar, Strauss & Giroux, $23.00

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Noir fable of the spanked prick

J’avais décidé, en 2008, de commencer à combler les trous dans ma connaissance de l’œuvre de Robert Coover. Je n’ai bien sûr pas encore fini mon parcours mais, au cours de l’année écoulée, j’en ai lu cinq. Je vous avais parlé en détail de l’un d’eux, il est maintenant temps de revenir (rapidement, malheureusement) sur les quatre autres livres. A une exception près, aucun de ces textes n’est considéré comme majeur dans le corpus cooverien et ce malgré leurs qualités évidentes.

Commençons par le majeur, celui qui vient juste après “The origin of the brunists” et “The universal baseball association Inc. ”

"Pricksongs & descants" – il s’agit là de ce qui ressemble bien au programme de l’œuvre, à l’annonce de l’intention, à la démonstration de ce qui va venir. Recueil de nouvelles encore plus déstabilisantes que celles de Donald Barthelme, « Pricksongs & descants » démonte les mythes, dissèque les formes, réassemble le genre, dynamite la short story. Ironie et subversion se tiennent la main dans un exercice pas gratuit du tout : aujourd’hui encore, lire ces textes, c’est à la fois changer d’opinion sur ce qu’est l’art de la nouvelle et mettre en question son rapport aux grands récits. C’est beau, c’est grand, c’est ludique, c’est mystérieux et c’est marrant. On retiendra en particulier The magic poker et le classique The babysitter (dont l’opération d’épuisement des possibles pourrait bien annoncer le Jauffret d’ « Univers, univers »).

"Spanking the maid" – tout petit livre, tout petit livre. Son titre est son programme : un maître fesse la bonne. Elle doit nettoyer la chambre sans se faire remarquer ; il se doit de la punir si quelque chose n’est pas bien fait. Elle trouve toujours des objets bizarres dans son lit ; il trouve toujours à redire sur son travail. Programmée pour être fessée, programmé pour fesser. « Spanking the maid » fait à la fois partie d’un panthéon SM (selon Daphne Merkin) et du canon occidental (selon Harold Bloom). Son intérêt est plus grand qu’il n’y semble : il réside, notamment, dans une prose étincelante, travaillée, qui suggère, titille, taquine, dit plus qu’il n’y paraît et sert à souligner la complexité d’une relation a priori simple mais qui enferme ses deux participants dans des rôles dont ils ne sortent et qui ouvre au lecteur de nombreuses voies d’interprétation.

"A political fable" – encore plus petit livre. Cette fois-ci, Coover emprunte directement le chat chapeauté à son créateur, Dr Seuss, et le lance dans une campagne électorale présidentielle. Un cacique d’une faction politique américaine raconte comment, malgré ses plus grandes réticences, la jeune génération du parti imposa le chat chapeauté comme candidat, comment il fut à deux doigts de gagner, comme on rappela le narrateur pour sauver le bateau à la dérive et comment on se débarrassa de l’incontrôlable félin. « A political fable » est une diversion sympathique qui évoquera les scènes les plus « comics » de « The public burning ». Comme toujours chez Coover, on rit énormément et on regarde, les yeux écarquillés, une écriture remarquable. La proximité, à l’époque de ma lecture, des véritables ( ?) élections présidentielles US n’est sans doute pas étrangère au plaisir ressenti.

"Noir" – publié en début d’année en français exclusivement (pas d’édition US prévue à ce jour), “Noir” est le détour de Coover par le polar, un des rares genres qu’il n’avait pas encore abordé. Les flics sont blue, les secrétaires sont blanches et les privés sont noirs. Livre hilarant qui ne mène nulle part sinon à un jeu infini sur la forme. Les poncifs sont utilisés parfois tendrement parfois sardoniquement, le personnage principal évoque le film noir et Phil Marlowe, roi du Noir, dont il emprunte certains traits si ce n’est qu’il se fait avoir à la fin. Une vraie réussite. Pour sûr, certains amateurs de série noire n’ont que modérément apprécié la forme qui se fait la malle et le fond qui n’apparait jamais. On se souvient du fils Manchette sur France cul qui trouvait le roman « froid » et « universitaire », avant de se plaindre qu’on n’y retrouvait rien de la critique sociale, qui, selon lui, serait le propre du genre. Un estimé collègue résuma le débat ainsi : « le fils de Manchette est un con ».

Robert Coover, Pricksongs & Descants, Grove Press, $14
Robert Coover, Spanking the maid, Grove Press, $11
Robert Coover, A political fable, Viking Press, épuisé
Robert Coover, Noir, Seuil, 18€

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Histoire de générations

La lecture intéressante du week-end nous vient une fois de plus d’Espagne et des pages culturelles de l’ABC, quotidien conservateur aux choix littéraires pourtant de pointe. Jorge Carrión y discute, avec Edmundo Paz Soldán et Jorge Volpi, du concept de génération littéraire et, plus précisément, des mouvements dont ils ont fait partie : McOndo (pour Paz Soldán) et crack (pour Volpi). Tout ça remonte à 1996 et depuis… pas grand-chose. McOndo n’a pas vraiment fait de vagues en dehors du monde hispanique, tandis que les écrivains crack se sont confinés à des romans très classiques (j’avais évoqué le cas d’Eloy Urroz il y a quelques temps déjà). Depuis deux ans, un nouveau mouvement se développe en Espagne. D’abord mouvement nocillero (son point de départ serait la publication de « Nocilla dream », premier volume d’une trilogie d’Agustín Fernández Mallo), ensuite mouvement mutantes (suite à une proposition de Juan Francisco Ferré et à l’anthologie dont je vous ai parlé il y a peu) et puis génération afterpop (d’après le titre du lumineux essai de Eloy Fernández Porta). L’enjeu est actuel est de voir ce qu’il va advenir de ce groupe d’auteurs doté d’un avantage assez grand sur ses prédécesseurs de tous temps : internet. Pourtant, selon Carrión, sur les deux années écoulées, les mutants afterpop nocilleros n’ont pas réussi à essaimer au-delà de leurs frontières. Je suppose que, lorsqu’il pense à l’étranger, il pense d’abord au pays hispanophones : même avec la meilleure volonté du monde, il est difficile de « contaminer » des gens qui ne vous comprennent pas. Quoi qu’il en soit, cet état de fait démontre peut-être qu’en dépit de la globalisation certaines choses prennent du temps et que les barrières culturelles sont toujours bien présentes – c’est Jorge Volpi qui rappelle par exempe qu’en Amérique latine, Nocilla (l’équivalent ibère du nutella) ne veut rien dire. Ceci dit, plusieurs membres de cette génération espagnole ont leurs entrées dans le monde anglo-saxon (Calvo, Fernández Porta, Ferré, Carrión lui-même) et que le débat pourrait ainsi être internationalisé. 

De par chez nous, évidemment aucune traduction, aucun écho. Je suppose que ça viendra pour certains textes (notamment la trilogie Nocilla, dont j’aimerais relire les tomes parus afin de l’évoquer ici). Si je ne l’ai pas dit assez clairement par le passé, je profite de cette occasion pour l’affirmer : quel que soit la façon dont vous souhaitez appeler ce groupe d’écrivains (nocilla, mutantes ou afterpop), il s’agit à mon sens d’une des propositions littéraires les plus intéressantes – bien que pas encore vraiment définie – du moment. Sans avoir été convaincu par tout ce que j’ai lu, j’ai chaque fois eu la conviction que quelque chose se passait. Il y a là tout un domaine franchement excitant, bien plus excitant en tout cas que ce que j’ai pu lire venant des Etats-Unis cette année (et ça m’arrache la gueule de l’admettre) où, il est vrai, il ne semble plus y avoir eu de dynamique collective depuis les années ’80 et l’avant-pop de Sukenick, Amerika et McCaffery.

Quelques textes traitant des ces écrivains espagnols sur Tabula Rasa :
Manuel Vilas« España » (peut-être le livre de l’année) 

Pour ceux qui lisent l’espagnol, quelques blogs (traitant) de ces auteurs.

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Qu'on lui coupe la tête

Voilà une bonne heure que j’écris, efface, réécris, efface encore le paragraphe introductif du bref papier que je tente d’écrire sur le dernier roman paru en français de Brian Evenson. Rien ne vient et j’ai donc décidé de m’inspirer du titre du roman, d’amputer mon texte de son début, de trancher dans le vif du sujet.

Je pourrais faire de même avec le second paragraphe, puis le troisième.

Pourquoi pas avec le quatrième, et le dernier ? Couper court à tout désir de débattre, toute velléité d’analyse.

Notez que ces coupes sombres dans les effectifs paragraphesques habituels chez Tabula Rasa feraient de moi un cinq, c'est-à-dire pas grand-chose mais pas tout à fait rien non plus. Juste assez pour espérer en apprendre un peu plus de Monsieur Evenson.

Bien sûr, je dois bien me rendre compte avoir déjà écrit, même s’ils ne disent rien, quatre paragraphes et entamé le cinquième. Paragraphes inutiles, mais paragraphes quand même. Rien d’amputé donc. Bref, autant dire quand même quelques brefs et superficiels mots sur ce livre qui en mérite plus, vu où on en est…

Kline est un détective privé qui acquiert du jour au lendemain une petite célébrité dans le monde des tarés lorsqu’il se fait couper la main par un certain gentleman au hachoir et qu’il se cautérise la plaie lui-même avec un bête réchaud avant de mettre une balle dans l’œil de son agresseur. Harcelé par un étrange duo le long de dialogues, hmm, beckettiens, il finit, plutôt contraint, par se faire emmener dans la paisible retraite campagnarde pour y enquêter sur un meurtre. Ou un cambriolage. Tout ça est bien compliqué, d’autant plus que les seules personnes pouvant lui expliquer quelque chose refusent de lui causer : les disciples sont des mutilés volontaires et le système hiérarchique est d’une sévérité telle qu’on ne peut atteindre aux positions les plus élevées qu’en s’amputant de plus en plus. Si vous êtes, comme Kline, un pauvre 1 (un membre en moins), n’espérez rien obtenir d’un 10. Et le privé d’Evenson de se rendre compte, à mesure qu’il se défait de ses membres, qu’il est le dindon d’une farce macabre qui ne peut que très mal finir. Comme John Lennon il y a des années, on a envie de crier « You’d better run for your life if you can, little Kline, Hide your head in the sand little Kline » mais Kline ne court pas: il découpe, il flingue et il crame.

« La confrérie des mutilés », tel que publiée en français par le Lot 49, est une œuvre bien différente de celle présentée aux Etats-Unis en 2003 : lui est ajoutée deux parties. On se dit que « The brotherhood of mutilation », v.1 a dû être perçu comme un exercice de style, un petit délire d’Evenson dans le monde du polar, version sanglante, frappée et millénariste d’un Chandler. Dans un sens, cette impression n’est pas démentie par les membres retrouvés du texte pour cette édition. On est toujours dans le délire. Mais il y a plus : c’est dans ces nouvelles pages que le livre se fait vraiment evensonien et qu’on retrouve ses préoccupations religieuses d’une manière plus profonde que juste comme toile de fond d’une amusante digression gore. En fait, la construction est inverse à celle de « The open curtain » : on y avait les parties les plus fortes en apports théoriques – schizophrénie, religion et rites – au début pour finir dans le pur thriller alors qu’ici, c’est le contraire, puisqu’on ne se rend compte que petit à petit de la véritable dimension eschatologique du projet des mutilés.

Chaque fois que je lis Evenson, je suis séduit par son habileté à mêlé drôlerie (pour peu que le fait de lire en se demandant pourquoi le schisme s’est placé sous l’égide de l’apôtre Paul avant de réaliser que le nom vient du manchot des Wittgenstein soit propre à vous faire rire, bien sûr) et horreur, à utiliser les ressorts du genre pour composer une œuvre littérairement et philosophiquement ambitieuse. C’est un auteur à même de séduire un public varié pour autant qu’il soit intelligent : que le lecteur de polar ne laisse pas son enthousiasme se faire plomber par les thèmes profonds, que le lecteur dit sérieux ne s’arrête pas à l’habillage polar. C’est quand même le moins que l’on puisse demander.

Brian Evenson, La Confrérie des mutilés, Lot 49, 17€

Dans une note récente, Juan Asensio, reprochait à un texte de Bartleby sur « Inversion » de faire trop de place à l’analyse de la schizophrénie par Deleuze, appauvrissant ainsi le roman. C’est sans doute vrai qu’une telle analyse limite la portée d’ « Inversion », mais il me semble qu’il faudrait se souvenir que Bartleby s’intéresse à l’atopia, ce qui restreint inévitablement non seulement le champ des livres dont il va parler mais aussi focalise ses interventions sur certains aspects au détriment d’autres. Est-ce pour autant un appauvrissement ? Point du tout : il est, dans ce domaine là, plus riche que n’importe qui et il est, à mon sens, de la responsabilité du lecteur de ne pas attendre ce qu’on ne lui a pas promis. Ceci mis à part, j’ai été surpris, dans le texte de Juan, de lire qu’Evenson n’était pas un véritable romancier. Il en donne quelques explications, mais elles me semblent étrangement appauvrir autant le roman qu’il reprochait à Bartleby de le faire. Je suis aussi en assez grand désaccord avec lui sur la troisième partie du roman, guère convaincante selon Juan, admirablement construite à mon sens – et précisément preuve qu’on a là un romancier doué plutôt qu’un thésard mâtinant ses réflexions de fiction.

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J'ai failli lire le Goncourt

J’y croyais dur comme fer, j’allais, pour la première fois depuis celui de 1975, avoir lu un Goncourt, c’était certain. Et j’allais pouvoir en dire tout le mal que j’en pensais. Et puis voilà que quelques jours avant on se décide à lui donner le Médicis, annihilant ainsi presque complètement ses chances d’obtenir l’autre. C’était d’autant plus ennuyant que, pour des raisons peu claires, j’ai plus envie de dire du mal d’un Goncourt que d’un Médicis. Toujours été comme ça. Mais on doit faire avec ce qu’on a, je suis contraint de me rendre à l’évidence : j’ai failli lire le Goncourt – parce que je me suis convaincu que s’il n’avait pas eu le Médicis, il aurait eu le Goncourt.

 Des amis avec lesquels je fréquente un club supposé de bon goût m’avait dit que le livre était très bon, ambitieux et correctement écrit même si très classique. Un vrai bon roman voir même un très grand livre, réjouissant d’ampleur et d’intention. Evidement, quand je l’ai lu je me suis rué vers les salons privés dudit club pour remercier mes soi-disant amis de m’avoir fait perdre des heures précieuses de ma vie. Interloqués par la virulence du déferlement faustien, ils m’accueillirent par des questions (« je ne t’avais pas dit que c’était foireux ? ») ou des marche-arrières (« C’est un grand gâchis ») qui évidemment n’on rien fait pour les 26.30€ investis (1.80 plus cher en Belgique qu’en France !) dans un lest de 800 pages de papier m’ayant filé une bonne crampe au poignet. C’est pour ça que je me console en me disant que j’ai failli lire le Goncourt.

Est-ce que « Là où les tigres sont chez eux » est vraiment un mauvais livre ou est-ce juste un livre qui ne remplit pas ses promesses ? Les deux branches de l’alternative ont du mérite. Mon ami Bartleby argumente plutôt bien en faveur de la seconde – et je vous conseille de lire son papier, qui en dira plus sur le livre dans son ensemble que le mien ; je ne le trouve pas assez sévère et je penche sans hésitation pour la première : le livre de Jean-Marie Blas de Roblès est mauvais. Parce que très souvent mal écrit – et nulle part aussi mal que dans les dialogues, d’une pauvreté, d’une raideur, d’une artificialité affligeante. Parce que rempli d’histoires parasites – ce n’est pas qu’il y a trop d’histoire (il n’y en a jamais assez pour moi) mais bien qu’elles sont inégales malgré qu’on leur octroie à toutes le même espace, qu’elles ne sont pas habitées de la même passion, du même sentiment de nécessité, qu’elles sont trop souvent génériques. Parce que foire aux clichés – trop de scènes convenues, de fascination pour la pureté des civilisations anciennes, de dégout bidon pour la civilisation marchande et de dénonciations hystériques des politiciens corrompus.

Entrer dans « Là où les tigres sont chez eux » m’aura rappeler ma rencontre avec l’ancien beau d’une amie qui, barbe de quelques jours, veste d’explorateur-grimpeur, nous conta son voyage récent dans le bush et toutes ses entreprises essentielles, tu vois, vraiment authentiques, ses rencontres, ce qu’il avait fait, vu et dit, affectant une modestie qui cachait mal la moue satisfaite du pékin se servant de l’arme de séduction qu’il s’était choisie. Il était pour nous évident que son dernier vrai voyage était dans un bar à la mode d’Uccle où, comble de l’exotisme, il avait rencontré une bulgare travaillant à la commission européenne. C’est là la mesure de l’échec du livre : Blas de Roblès a sans aucun doute une expérience du terrain et une connaissance du monde incomparable mais son livre me replonge dans le souvenir d’un dragueur de petites bourgeoises.

Il y a pourtant au centre du livre une figure énorme qui aurait vraiment dû faire de ce livre une expérience littéraire de grande ampleur : Athanase Kircher, « génie baroque » dont une sensationnelle biographie inédite se retrouve dans les mains, pour édition, du personnage principal, l’insupportable Eléazard. On frémit de penser à ce qu’aurait fait de pareille vie un Norfolk, un Senges ou un Pynchon. C’est ici qu’on passe les meilleurs moments – et c’est aussi ici que le livre est le mieux écrit – mais c’est aussi ici qu’on touche du doigt ce qui aurait pu être et ne sera jamais.

Contrairement à ce qui a été dit ailleurs, « Là où les tigres sont chez eux » est un livre qui ne fait que semblant de prendre des risques. Structure et ressort certes (potentiellement) ambitieux, mais écriture classique (et plate !), traitement banal, développements convenus font de l’entreprise un échec peut-être pas complet mais non dépourvu de moments minables. Certains de mes camarades m’ont dit que, même si le livre décevait, il permettait au moins de récompenser Zulma. Attitude étrange : si Zulma n’a pas d’autres livres plus méritant – et ils en ont !!—alors que penser de leur travail ?

Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, Zulma, 24.50€

PS : je me demande si l’insupportable Eléazard n’est pas la plus belle réussite du roman : bien que son nom soit tout à fait atypique, on retrouve en ce personnage toutes les qualités et attitudes qui ont rendu célèbres les français de par le monde (et notamment leur extraordinaire capacité à s’indigner pour tout, pour rien tant que ce n’est pas à la maison – la poutre, la paille et la patrie des droits de l’Homme) et fait d’eux à la fois le peuple le plus admiré et le plus détesté de par le monde. Mais je résisterai à la tentation de vraiment applaudir cette création car j’ai bien l’impression qu’il s’agit d’un autre cliché – les membres de mon club sont tous franchouilles et valent bien mieux que ça (rires).

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Ágape se paga

La maison d'édition Sexto Piso a décidé de publier l'ensemble de l'oeuvre de William Gaddis en espagnol. Grande idée, on espère qu'un éditeur français se souviendra qu'il faut rééditer "JR"...



Le premier volume est une traduction de "Agape agape", préfacée par Rodrigo Fresán. La traduction du titre me surprend: "Ágape se paga"... Etrange. Ceci dit, Mercedes Monmany, dans un article intitulé Bernhard en América chante les louanges du traducteur.

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Nouvelles d'Espagne depuis l'Inde

A une semaine de mon retour à la maison, pas trop l’occasion de mettre à jour Tabula Rasa mais tout de même quelques nouvelles espagnoles à signaler. Depuis l’Inde, c’est peut-être étrange: les voies du Net sont impénétrables.

  • Goytisolo n’aura donc pas le Cervantes, le plus prestigieux de tous : il est pour le catalan Juan Marsé, sur lequel, coïncidence, Candaya vient de publier un essai, après ceux consacrés à Bolaño, Vila-Matas et Piglia.

A très bientôt.

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Le bout de la piste

Au fil de la lecture de “The drop edge of yonder”, le dernier roman de Rudolph Wurlitzer, j’ai regulièrement pensé à “Méridien de sang” de Cormac McCarthy. Superficiellement, l’époque, la violence, le personnage du Warden, l’errance renvoient le lecteur au chef-d’œuvre de Cormac. Mais c’est plutôt les différences entre les deux titres qui marquent. C’est une citation de Gary Indiana, sur la quatrième de couverture, qui m’a mis sur la piste : « Rudolph Wurlitzer wrings your heart like a chicken’s neck while he show you the cannibal in the bathroom mirror : our true American myth of origin ». Si la première partie de la phrase est indéniablement juste, la conclusion l’est, à mon sens beaucoup moins. « Méridien de sang » est, entre autres choses, une approche saisissante de l’origine quasi mythologique d’un pays et de l’image qu’il se fait de soi-même. Par contre, « The drop edge of yonder », c’est l’absence du mythe, son absence la plus complète, à un point tel qu’il ne s’agit même pas d’aller voir ce qu’il y a derrière le mythe : il n’existe pas et donc il ne cache rien. Reste un western existentiel, pas un de plus, non, un western existentiel qui se fout du western pour, finalement, parler d’un homme et d’une femme.

Zebulon. Delilah. Z., trappeur par défaut, se met en route pour voir sa mère mais tombe en chemin sur Hatchet Jack, éduqué comme son frère bien qu’ils n’aient aucun lien de sang. Dans un saloon, il fait la rencontre de D. et de son mari, « comte » russe avec un penchant pour le jeu et le revolver. La soirée pas même terminée, Z. se retrouve avec une balle dans le cœur. Pas mort, il se réveille dans un fossé. Et le voyage de débuter. D., abyssinienne mélangée à plein d’autres origines, pute du vieux continent, habituée aux salons des grandes capitales mais maudites des dieux, suit son consort et mari, Russe jaloux, en fuite vers l’Amérique où il espère se refaire une santé et échapper à la corde qui lui est pourtant destinée. De saloons et saloons, elle chante et distribue les cartes de façon à toujours gagner. Z. n’aurait pu, cette nuit-là, n’être qu’un oiseau de passage, abattu avant même de s’envoler. Il n’en sera rien : leurs routes se croiseront encore et encore.

Z. et D., on finira par leur dire, ont sur eux la même malédiction, qui les attire l’un vers l’autre tout en les empêchant d’être vraiment ensemble. Plaxico, sorcier mexicain, annonce qu’ils ne se libéreront de l’entre-deux monde où ils errent que par la mort de Z. et la grossesse de D. Tous deux fatalistes, ils entendent la prophétie, mais, puisque ce qui doit arriver arrivera, ne cherchent ni à accélérer sa réalisation ni à éviter l’inévitable. Ils se séparent pour toujours et chaque fois finissent, par hasard ?, par se retrouver. Il en va de même pour tous les autres protagonistes, qui se croisent et se décroisent. Hatchet Jack, Plaxico, Large Marge, The Warden, le bateau Rhinelander, balisent à chaque étape le chemin parcouru par D. et Z., qu’ils soient séparés ou ensembles.

Le parcours est sanglant. Contrairement à McCarthy qui offrait en « Méridien de sang » un roman qui redéfinit les rapports du lecteur avec la violence dans la littérature, la célébrant presque, la ritualisant dans des scènes incroyables où la plus féroce sauvagerie acquérait une beauté rare, Wurlitzer fait des combats et des duels qui émaillent son récit guère plus qu’une toile de fond certes capitale dans le parcours mais qui n’est au bout du compte guère plus que ce qui se passe alors que Zebulon est en plein dans sa quête absurde. Si Wurlitzer remplaçait ces scènes par des descriptions de procédés agricoles de l’Ouest, ce ne serait pas la même chose mais il le raconterait sur le même ton. Et le ton de Wurlitzer est capital, il donne au livre son humour étrange, mais surtout pince-sans-rire, une impression que rien n’importe alors que tout devrait importer, un à quoi bon d’où perce quelques éclats de rire qu’on voudrait croire désespéré mais qu’on soupçonne d’une autre nature. Et ça se reflète dans un style qui se refuse au lyrisme, au baroque sans pourtant plonger dans une sécheresse trop forcée : comme Z. et D. l’écriture de Wurlitzer est dans l’entre-deux, entre ne pas en dire assez et en dire trop, alternant une aptitude à dessiner des images et à lancer des métaphores étranges et puissantes avec une tendance à la concision ou plutôt à la zone d’ombre, au silence qui pourrait, si on savait le décrypter, en dire long. C’est, au-delà de l’histoire, tout ça qui séduit dans « The drop edge of yonder ». C’est aussi l’aspect irréel du récit, non pas de par ses évènements mais bien par le doute savamment distillé par Wurlitzer qu’il s’agirait peut-être bien d’un rêve qui pourrait être aussi bien celui de Z. que de D. Ou celui du lecteur ? Les répétitions, les retours des mêmes personnages, des mêmes scènes ou des mêmes bribes de scènes enfoncent le clou encore plus profondément : on finit par se dire qu’il est absurde de continuer avec cette épopée absurde. Mais comme précisément, on a parfois l’impression que cette absurdité est la nôtre, on continue de lire, histoire, qui sait ?, d’en trouver la clé. Si l’on suit le récit jusqu’au bout, à la fin de tout, à la page 275, certains concluront que même les prophéties jouent des tours et qu’on ne peut se fier à rien. On pourrait aussi imaginer que l’histoire n’est pas finie.

S’il y a un mythe dans « The drop edge of yonder », c’est celui de Zebulon. Largement faux, grossi médiatiquement dans l’imaginaire populaire, il a de nombreuses conséquences indésirables. C’est sans doute cela qu’évoquait Gary Indiana mais je pense que ce serait donner trop d’importance au mythe Z. : tout comme la violence, il ne fait qu’accompagner le parcours, il est là parce qu’il lui est indispensable, et non pas pour faire un discours sur l’Ouest et sa représentations. Ici, le mythe, la violence, l’époque ne se raconte pas comme chez McCarthy : il n’est finalement que le théâtre de l’absurde, le décor de deux existences, la zone d’expression d’une étrange méditation sur l’amour. Cette étrangeté ressort d’ailleurs bien des commentaires d’esprits aussi fins que Sam Shepard ou John Ashbery : ils doivent utiliser le vieux stratagème journalistique de la liste d’affinités (Mel Brooks, William Burroughs, Jack Smith, Guy Maddin, Samuel Beckett) pour espérer parvenir à dire un roman qui échappe au commun. C’est peut-être le TLS qui tombe le plus juste : un western célinien. C’est vrai.

Rudolph Wurlitzer, The drop edge of yonder, Two dollar radio, $15.00

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