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Noir fable of the spanked prick

J’avais décidé, en 2008, de commencer à combler les trous dans ma connaissance de l’œuvre de Robert Coover. Je n’ai bien sûr pas encore fini mon parcours mais, au cours de l’année écoulée, j’en ai lu cinq. Je vous avais parlé en détail de l’un d’eux, il est maintenant temps de revenir (rapidement, malheureusement) sur les quatre autres livres. A une exception près, aucun de ces textes n’est considéré comme majeur dans le corpus cooverien et ce malgré leurs qualités évidentes.

Commençons par le majeur, celui qui vient juste après “The origin of the brunists” et “The universal baseball association Inc. ”

"Pricksongs & descants" – il s’agit là de ce qui ressemble bien au programme de l’œuvre, à l’annonce de l’intention, à la démonstration de ce qui va venir. Recueil de nouvelles encore plus déstabilisantes que celles de Donald Barthelme, « Pricksongs & descants » démonte les mythes, dissèque les formes, réassemble le genre, dynamite la short story. Ironie et subversion se tiennent la main dans un exercice pas gratuit du tout : aujourd’hui encore, lire ces textes, c’est à la fois changer d’opinion sur ce qu’est l’art de la nouvelle et mettre en question son rapport aux grands récits. C’est beau, c’est grand, c’est ludique, c’est mystérieux et c’est marrant. On retiendra en particulier The magic poker et le classique The babysitter (dont l’opération d’épuisement des possibles pourrait bien annoncer le Jauffret d’ « Univers, univers »).

"Spanking the maid" – tout petit livre, tout petit livre. Son titre est son programme : un maître fesse la bonne. Elle doit nettoyer la chambre sans se faire remarquer ; il se doit de la punir si quelque chose n’est pas bien fait. Elle trouve toujours des objets bizarres dans son lit ; il trouve toujours à redire sur son travail. Programmée pour être fessée, programmé pour fesser. « Spanking the maid » fait à la fois partie d’un panthéon SM (selon Daphne Merkin) et du canon occidental (selon Harold Bloom). Son intérêt est plus grand qu’il n’y semble : il réside, notamment, dans une prose étincelante, travaillée, qui suggère, titille, taquine, dit plus qu’il n’y paraît et sert à souligner la complexité d’une relation a priori simple mais qui enferme ses deux participants dans des rôles dont ils ne sortent et qui ouvre au lecteur de nombreuses voies d’interprétation.

"A political fable" – encore plus petit livre. Cette fois-ci, Coover emprunte directement le chat chapeauté à son créateur, Dr Seuss, et le lance dans une campagne électorale présidentielle. Un cacique d’une faction politique américaine raconte comment, malgré ses plus grandes réticences, la jeune génération du parti imposa le chat chapeauté comme candidat, comment il fut à deux doigts de gagner, comme on rappela le narrateur pour sauver le bateau à la dérive et comment on se débarrassa de l’incontrôlable félin. « A political fable » est une diversion sympathique qui évoquera les scènes les plus « comics » de « The public burning ». Comme toujours chez Coover, on rit énormément et on regarde, les yeux écarquillés, une écriture remarquable. La proximité, à l’époque de ma lecture, des véritables ( ?) élections présidentielles US n’est sans doute pas étrangère au plaisir ressenti.

"Noir" – publié en début d’année en français exclusivement (pas d’édition US prévue à ce jour), “Noir” est le détour de Coover par le polar, un des rares genres qu’il n’avait pas encore abordé. Les flics sont blue, les secrétaires sont blanches et les privés sont noirs. Livre hilarant qui ne mène nulle part sinon à un jeu infini sur la forme. Les poncifs sont utilisés parfois tendrement parfois sardoniquement, le personnage principal évoque le film noir et Phil Marlowe, roi du Noir, dont il emprunte certains traits si ce n’est qu’il se fait avoir à la fin. Une vraie réussite. Pour sûr, certains amateurs de série noire n’ont que modérément apprécié la forme qui se fait la malle et le fond qui n’apparait jamais. On se souvient du fils Manchette sur France cul qui trouvait le roman « froid » et « universitaire », avant de se plaindre qu’on n’y retrouvait rien de la critique sociale, qui, selon lui, serait le propre du genre. Un estimé collègue résuma le débat ainsi : « le fils de Manchette est un con ».

Robert Coover, Pricksongs & Descants, Grove Press, $14
Robert Coover, Spanking the maid, Grove Press, $11
Robert Coover, A political fable, Viking Press, épuisé
Robert Coover, Noir, Seuil, 18€

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Le gant et la batte

Est-ce qu’il y a un seul fan de foot qui ne rêve pas d’être le sélectionneur ? Quand j’avais une dizaine d’années, j’avais mis en place un jeu qui me paraissait alors assez sophistiqué. Je passais mes après-midi de week-end autour de la table d’une sorte de subbuteo aimanté sur lequel je jouais des championnats entiers. Même si la plupart des équipes étaient composées de leurs vrais joueurs, une poignée d’entre elles avaient été complètement assemblées par moi. Chacun de ces footballeurs disposait de sa fiche personnalisée où l’on trouvait l’âge, la taille, le poids, les positions ainsi que ses statistiques des saisons précédentes. Pour tous – réels comme inventés – je gardais l’ensemble des données du championnat et des coupes en cours – buts, passes décisives, cartes jaunes et rouges, compositions matches par matches. J’avais quelques techniques précises pour déterminer les circonstances des blessures, leurs types et durées. Je pouvais passer des heures là-dessus à jouer toutes les rencontres, une par une, dans leur intégralité – quinze minutes par mi-temps. J’avoue avoir continué bien dans l’adolescence et avoir poussé le vice, une fois rattrapé par la technologie, jusqu’à éditer Championship Manager – à l’époque où Sports Interactive s’occupait encore de la série – pour correspondre à ma ligue sous-terraine. Ce n’était alors plus le hasard du contact de mes doigts avec les figurines des joueurs qui provoquait les évènements mais bien l’intelligence artificielle et le moteur du jeu qui se dépatouillait avec les caractéristiques dont je les nourrissais.

J. Henry Waugh, dans « The Universal Baseball Association, Inc. » de Robert Coover, ne se sert ni d’un jeu de table ni d’un ordinateur. Tout est fait par les dés, selon une liste de combinaisons d’une complexité insensée. Comptable fiable mais médiocre, il oublie la grisaille de sa vie en se jetant corps et âmes dans sa ligue de baseball inventée. Il a même systématisé le renouvellement des cadres et le décès de ses stars, fauchées en pleine gloire ou dans le grand âge, des années après la retraite. Mais on ne saurait contrôler les dés, et aussi improbable que cela puisse paraître, certaines combinaisons fatales sortent. Ainsi, foudroyé par une balle trop rapide, John Casey, la jeune étoile du championnat, meurt sur le losange alors que Waugh voyait en lui les caractéristiques du futur plus grand de tous les temps. Désespéré, il ne peut ressusciter Casey mais s’efforcera – sans succès - de retrouver un certain équilibre pour sa création. Malgré tous ses efforts, elle lui échappe petit à petit. A mesure que Waugh s’enfonce dans la dépression et se rapproche à grands pas du licenciement, ses créatures s’autonomisent et prennent leurs destinée en main. Dans des dernières pages de feu, plusieurs dizaines d’années de l’histoire de l’association post-casey plus tard, la question centrale devient celle de la signification de cette mort. Et de la transformer en rituel, de lui donner les atours d’un mythe fondateur et, sur cette base, de se créer une identité.

Il y a au moins trois niveaux de lectures dans ce roman redoutablement intelligent et amusant. Le premier est simple, direct, sans aller plus loin que l’histoire telle qu’elle parait contée. On rigolera, se réjouira de la prose et de l’inventivité de Coover, et voilà. Il y a une lecture plus profonde, celle qui observera la thématique religieuse. Il ne faut pas être grand clerc pour reconnaître s’esquisser dans les initiales de J. Henry Waugh la présence de JHWH. La métaphore pourrait être facile – ah, ah le créateur du jeu est le Dieu de ses créatures de papiers – mais les choses deviennent d’autant plus intéressantes lorsqu’on se rend compte que la plus belle de ses créations (Casey) a pour initiales JC. Pétillon souligne également que Coover a structuré son livre en huit chapitres : sept pour la genèse, et le denier pour l’apocalypse. On lirait ainsi dans cette association universelle du baseball un pan de l’histoire chrétienne. A ce titre, si l’on prend en considération la figure de Waugh, on a un Dieu bien sûr créateur mais qui ne maîtrise pas totalement son univers. Dans le jeu, le hasard, dans le monde, la liberté humaine fait que les plans le mieux dessinés ne se réalisent pas toujours. On remarquera que la tentative de reprise en main échoue et que Waugh finit abandonné par ses enfants. Dieu jusqu’à l’annonce de sa mort, tel est l’un des aspects du programme de Coover. Enfin, le troisième niveau est celui de l’élaboration de récits collectifs, la naissance de mythes et de légendes, de la littérature en fait.

C’est évidemment en mélangeant ces niveaux de lecture que « The Universal Baseball Association, Inc. » prend son ampleur véritable. Comme dans « The Origin of the Brunists », Coover donne à voir le conflit entre cultes concurrents qui façonnent un mythe devant donner à l’univers son sens. C’est de ce conflit, plus que de la victoire des vainqueurs, que naît l’histoire, cette fiction qui s’écrit alors même qu’elle est en marche. Et tout ça finit, comme chez les brunistes, comme dans « The public burning », par un sorte de célébration, de ritualisation rejouant ce qui a déjà eu lieu ailleurs avant, se transformant, c’est fatal, en espèce de jeu du cirque. J’avoue que l’idée de lire un roman sur le baseball me tentait très moyennement. J’ai douté et je me suis fait avoir. C’est un peu comme nier l’existence de Dieu en se couchant et se faire réveiller par lui le lendemain matin. C’est une expérience qui rend humble et c’est à elle que Coover m’a soumis.

Robert Coover, The Universal Baseball Association, Inc., Plume, $15.00

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Vice n'est pas un crime

Par le plus grand des hasards - le blog de Claro et le commentaire de G@rp-, je viens d'apprendre qu'il existait une version française à Vice Magazine, et qu'en plus ils avaient mis en ligne le contenu d'un numéro spécial littérature. Et, au-delà d'une nouvelle dudit Claro, c'est du lourd: un extrait de "Noir", le prochain Coover - encore inédit aux USA-, d'un roman en cours de Nick Tosches, des nouvelles de Thomas Gunzig, Mary Gaitskill, Jim Shepard, Mathias Enard et de William T. Vollmann, et, enfin, un entretien avec Denis Cooper. Eh beh... Et tout ça se trouve ici.

(Tout ceci entre deux pages de "The King" de Donald Barthelme, c'est à dire entre deux éclats de rire. More on this later)

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Le classique qui ne sera pas

Lire Robert Coover aujourd’hui, en sachant ce que l’on sait, ne peut-être comparé à lire Robert Coover sans savoir quoi que ce soit de ce que l’on pensait savoir. Et que dire alors de lire le premier roman de Robert Coover sans savoir ce qu’il allait devenir ? Il vous est peut-être arrivé de vous demander ce que vous auriez ressenti à la lecture d’une œuvre de début de carrière d’un futur grand. Que dire, que voir lorsqu’on ne sait rien de l’artiste, lorsqu’on ne peut même imaginer vers où il va – puisque lui non plus, sans doute, ne le sait.

Je suis tombé il y a quelques semaines sur une critique du premier roman de Robert Coover, « The origin of the Brunists », publiée dans le New York Times en 1966 (putain, 41 ans…), et le journaliste tirait quelques plans sur la comète, entrevoyait des perspectives futures, donnait des encouragements bien précis. Tout ça aurait pu être très bien et de toute façon s’avérait globalement positif mais, près de vingt livres plus tard, on ne peut que se rendre compte de l’erreur. Webster Schott, monsieur New York Times, entrevoyait alors entre les lignes une carrière assez différente. Et le but n’est pas de se moquer, mais bien de se souvenir que l’évolution d’un écrivain est souvent assez surprenante.

La petite ville de West Condon, provinciale dans tous les sens du mot, dépend pour sa survie économique des emplois créés par la mine locale. Lorsqu’un coup de grisou plus que probablement dû à la négligence d’un mineur tue plusieurs dizaines de gueules noires et rend les veines quasi-inexploitables, la population se retrouve au bord de la ruine. Mais elle ne sait pas encore que la véritable catastrophe est spirituelle. Un des travailleurs, Giovanni Bruno, est retrouvé vivant auprès de six cadavres. Le cerveau intoxiqué par le monoxide de carbone, il murmure des bouts de phrases incompréhensibles sur la rédemption, la lumière et le seigneur. Il deviendra le messie alité et involontaire d’une secte annonçant la fin du monde.

Webster Schott commence son papier du 25 septembre 1966 en disant que, ce premier roman, Robert Coover l’écrit comme s’il ne s’attendait pas à en écrire de second, y incorporant l’ensemble de ses connaissances religieuses et sociologiques ainsi que ce qui aurait pu être la base de quantité de nouvelles ou d’histoire de type réalisme social tout en disséquant très précisément la vie d’une petite ville, son organisation aussi bien concrète que symbolique. Schott ne le sait pas, mais il décrit ainsi non seulement une des particularités qui caractérisera l’œuvre entière de Coover mais également celle de grands nombres de romanciers postmodernistes : une sorte de polymathie compulsive.

N’identifiant pas la raison de cet incroyable amassement de richesses, Schott continue en s’attardant sur ce qu’il semble considérer comme la principale faiblesse de « The origin of the Brunists » : l’indécision de Coover, cette incapacité à capitaliser sur ce que le critique considère comme un héritage de la tradition romanesque, engagement avec le monde réel, celui de la non-culture des villes de province, du journalisme de seconde zone et de cette « étrange mélange de réalité et souhaits qui soutient parfois la croyance religieuse », qui fournit à l’auteur des histoires et des personnages. Mais ses hésitations l’empêchent de livrer des révélations nouvelles au lecteur : Coover ne parvient manifestement pas à décider si West Condon est une bonne blague ou la description d’un état des choses plus profond. Là encore Schott a raison, mais il se trompe : il ne sait pas que l’écrivain postmoderne est celui pour qui tout est à la fois une vaste blague et d’une gravité exceptionnelle, et pour qui les personnages oscillent en permanence entre le particulier le plus particulier et le cliché le plus stéréotypé. Il ne sait pas –en fait, en 1966, il ne peut pas le savoir- que ce va-et-vient entre le comique graveleux et le sérieux des thèmes abordés sera une caractéristique majeure du travail de Coover, comme « The Public burning » le prouve à suffisance.

En faisant de Coover un futur classique, en voyant en lui un jeune auteur capable d’émuler les grands de la littérature traditionnelle passée, Schott a commis, sans aucun doute, une erreur. Mais pourquoi ? A posteriori, il est facile de voir, en plus des éléments déjà cités, que, par exemple, les scènes sexuelles, parfois grotesques ou étranges, préfigurent ce qui viendra dans tous les romans suivants, et de façon encore plus prédominante dans «Spanking the maid » ou « The adventures of Lucky Pierre ». Et comment ne pas identifier dans la scène du soir de l’apocalypse supposée, avec ses stands vendant des saucisses et son allure générale de marché forain, un moment précurseur de l’exécution des Rosenberg, chapitre halluciné de « Public burning » ?

Tous ses éléments, ses points de références, Schott ne les a pas. Ce qu’il a devant lui, c’est un premier roman, un auteur sur lequel il n’a pas su se forger d’idée au fil des années. De plus « The origin of the Brunists » paraît en 1966, année que certains considèrent comme l’année zéro du postmodernisme (« The crying of lot 49 » oblige), ce qui rend l’identification de la filiation d’autant plus difficile. Alors se pose donc la question suivante : comment le critique peut-il rendre compte du nouveau, du particulier alors que son premier réflexe, légitime, sera de dégager ce qu’il connait déjà – surtout lorsque, comme c’est le cas ici, le nouveau se présente sous les guenilles du roman social de papa ? N’est-on pas, finalement, condamné à reconnaître la véritable nouveauté alors qu’elle est déjà ancienne – et qu’il est donc presque trop tard ?

« It's pity Mr. Coover ran out of ideas before words. He has splendid talent. There's no joy in seeing it too lie spent » : ainsi Webster Schott clôt-il son article. C’est bien là la seule grave erreur du critique: non seulement il oublie qu’il louait précisément la quantité d’idées brassées par Coover au tout début de son papier, mais il n’arrive pas à voir que ce n’est pas d’idée qu’il a manqué mais bien de volonté de suivre le modèle narratif traditionnel. C’est exactement pour son imagination, pour ses mots, pour son style et pour son audace qu’il deviendra l’une des références incontournables de tout curriculum littéraire alternatif. Je n’ai pour ma part aucun doute que si Schott avait su ce qui allait suivre, il n’aurait pas souligné son talent et se serait focalisé sur ce qu’il considère comme du verbiage.

Robert Coover, « The origin of the Brunists », Norton, $10.95

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Polymathie

Je lisais ce matin un article du numéro précèdent de Bookforum sur un livre de Clive James. L’auteur du papier évoque une citation faite par James de Marc Bloch, que je vous restitue ici en version plus longue (et française, merci à Dieu ainsi qu’à l’Université de Chicoutimi) :

« La nature de notre entendement le porte beaucoup moins à vouloir savoir qu’à vouloir comprendre. D’où il résulte que les seules sciences authentiques sont, à son gré, celles qui réussissent à établir entre les phénomènes des liaisons explicatives. Le reste n’est, selon l’expression de Malebranche, que « polymathie ». Or la polymathie peut bien faire figure de distraction ou de manie, pas plus aujourd’hui qu’au temps de Malebranche, elle ne saurait passer pour une des bonnes œuvres de l’intel­ligence. Indépendamment même de toute éventualité d’application à la conduite, l’histoire n’aura donc le droit de revendiquer sa place parmi les connaissances vraiment dignes d’effort, seulement dans la mesure où, au lieu d’une simple énumération, sans liens et quasiment sans limite, elle nous promettra un classement rationnel et une progressive intelli­gibilité. »
Evidemment, Bloch parle de sciences, mais ce passage m’a ramené à l’esprit la dernière conférence de Roberto Bolaño, donnée à Séville en 2003 et disponible dans « El gaucho insufrible » sous le titre « Los mitos de Cthulhu ». Pour reprendre les mots de Jorge Herralde, c’est un pamphlet brutal. Ce qu’il ne dit pas ce que c’est bien sûr aussi une attaque hilarante. Les victimes ? La plupart des bestsellers de la littérature hispanophone. Je ne vais pas m’attarder plus là-dessus, il y a de quoi faire trois pages rien qu’en citations des meilleurs moments. Bref, allons droit à l’extrait qui m’intéresse :

« Hay una pregunta retórica que me gustaría que alguien me contestara: ¿Por qué Pérez Reverte o Vázquez Figueroa o cualquier otro autor de éxito, digamos, por ejemplo, Muñoz Molina o ese joven de apellido sonoro De Prada, venden tanto? ¿Sólo porque son amenos y claros? ¿Sólo porque cuentan historias que mantienen al lector en vilo? ¿Nadie responde? ¿Quién es el hombre que se atreve a responder? Que nadie diga nada. Detesto que la gente pierda a sus amigos. Responderé yo. La respuesta es no. No venden sólo por eso. Venden y gozan del favor del público porque sus historias se entienden. Es decir: porque los lectores, que nunca se equivocan, no en cuanto lectores, obviamente, sino en cuanto consumidores, en este caso de libros, entienden perfectamente sus novelas o sus cuentos. El crítico Conte esto lo sabe o tal vez, porque es joven, lo intuye. El novelista Marsé, que es viejo, lo tiene bien aprendido. El público, el público, como le dijo García Lorca a un chapera mientras se escondían en un zaguán, no se equivoca nunca, nunca, nunca. ¿Y por qué no se equivoca nunca? Porque entiende. »

Donc, ces auteurs vendent parce que les histoires se comprennent, le public suit parce qu’il comprend. Si l’on en croit Marc Bloch, rien de plus naturel puisque c’est vers ça que notre esprit nous porte. On comprend mieux les maigres ventes de ces auteurs à la polymathie compulsive (lire ceux qui peuplent ce blog la plupart du temps). Les livres de Robert Coover, pour ne citer qu’un auteur, ne sauraient passer pour « une bonne œuvre de l’intelligence ». Je connais bien des lecteurs qui seraient d’accord avec ce genre de jugement. Mais ce passage du discours de l’historien français sur son métier, s’il peut sans aucun doute s’appliquer aux autres sciences et tout particulièrement aux sciences dites sociale, peut-il pour autant s’appliquer à la littérature ?

Il me semble qu’il y a une tentation très forte chez certains de considérer comme valable la seule littérature qui prétend à décrire le monde, à nous apprendre des choses sur son fonctionnement, à servir en quelque sorte de point de référence, d’orientation pour vivre mieux, le tout devant évidemment prendre une forme rationnelle et de plus en plus intelligible à mesure que l’on tourne les pages. Et ce qui n’affiche pas ce genre d’ambition doit se contenter d’être un simple divertissement plus ou moins linéaire et inoffensif. Dans ce schéma, guère de place donc pour ces infernales machineries romanesques explosées où l’auteur ne donne pas tant à comprendre qu’à savoir, charge au lecteur, s’il en ressent l’envie, de rassembler ses connaissances pour tirer un sens quelconque et immanquablement personnel de ce qu’il vient de découvrir. Je ne m’étendrai pas sur l’étrange croyance que ce qu’on appelle le roman réaliste ou traditionnel ait véritable rapport avec la réalité, je l’ai déjà fait il y a quelques temps. Permettez-moi juste d’être dubitatif lorsqu’on essaye de me faire croire qu’une narration des faits qui tourne rondement est crédible : la réalité n’est jamais ronde, c’est une fiction de le croire – et il n’y a rien de pire qu’une fiction qui prétend être autre chose que ce qu’elle est.

C’est justement parce que beaucoup des auteurs qui me parlent écrivent des fictions qui de toute évidence se savent fictions que la possibilité d’approcher le monde à travers leurs textes est paradoxalement plus grande. Ce n’est pas en mettant les liens logiques et directs de cause à effets sur le papier que l’on arrive à comprendre un évènement. C’est encore moins ainsi qu’on crée une œuvre littéraire valable. A mon sens, et même si j’ai de très bons souvenirs de textes plus classiques, la véritable force du roman n’est démontrée que chez les auteurs qui arrivent à impliquer directement leurs lecteurs, à les faire rentrer dans une expérience qui peut à peu près prendre toutes les formes possible parce qu’elle dépend précisément des explosions créées par la mise en contact d’une prose, d’une forme, d’un contenu et des connaissances particulières de chacun. C’est, bien sûr, la force d’un Pynchon, dont l’exégèse est infinie, renouvelable constamment.

Ce texte est trop brut, confus et imprécis pour aller plus loin et plus profondément. Peut-être avez-vous tout de même quelque chose à ajouter. Pourquoi comprendre et que comprendre ? Pourquoi lisez-vous ? Pour donner un sens à votre vie ? Pour rationaliser le monde ? Pour vous évader ? Pour écrire ? Pour lire ?

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Tricky Dick à Sing-Sing

Il y a parfois des bonnes nouvelles : le Seuil vient de rééditer « L’arc-en-ciel de la gravité » (on reparlera peut-être un jour de cette réimpression). On dirait d’ailleurs que ces initiatives se prennent une fois l’an. En 2006, la même maison proposait aux lecteurs de redécouvrir, 26 ans après la première parution, « Le bûcher de Times Square ». Si mes informations sont bonnes (Pugnax, merci), les ventes sont misérables. Dommage : le roman de Coover est une pièce essentielle et réjouissante de la littérature postmoderne.

« Le bûcher de Times Square », c’est l’affaire Rosenberg, l’Amérique d’après-guerre et la carrière politique de Tricky Dick Nixon en version burlesco-foraine. Dans un monde divisé en deux, le Spectre complote contre le monde libre dont le seul recours est Slick Sam. Le conflit est dur, les Etats-Unis perdent prise et se retournent contre l’ennemi intérieur à la recherche d’une victime expiatoire. On en trouvera en fait deux, le couple Rosenberg. Après un procès étrange, ils sont condamnés à mort, ce qui entraîne la mobilisation des toutes les âmes perdues séduites par les agents du Spectre. Mais Mr. President Ike et son sous-fifre Dick tiennent bon : en juin 1953, les deux malandrins seront passés par l’énergie purificatrice de la chaise électrique en plein Times Square à l’issue d’un fantastique spectacle auquel l’ensemble du showbiz est convié.

Cette histoire incroyable nous est tour à tour contée par un narrateur omniscient et par Nixon. Le narrateur glose sur l’affaire Rosenberg, l’état du monde et l’histoire de l’Amérique, et est nourri verbalement par Coover à l’aide d’extraits de discours, de tracts, de pamphlets, de minutes de procès, de documents officiels et d’articles de presse de telle sorte que pratiquement tout est authentique. On prend ainsi les atours de l’objectivité, mais ce n’est qu’un leurre : l’ensemble est réorganisé, recoupé, remonté à tel point qu’on finit par faire dire aux sources le contraire de ce qu’elles disaient. Et vu qu’elles n’étaient pas fiables à la base déjà, je vous laisse imaginer ce que ça peut donner. Tricky Dick, quant à lui, raconte sa carrière, son couple et surtout les trois jours qui mènent à l’exécution. On sait que Coover déteste Nixon, et pourtant il le présente ici de façon étonnamment humaine. Le vice-président a des doutes, s’interroge sur ce qu’il fait, n’est pas tout à fait fidèle à l’infâme bête politique prête à tout que l’on connaît. Coover se sert de lui à la fois pour mettre à la vue de tous le parcours détestable de l’homme – on dit qu’il aurait été assez frustré de voir le scandale du Watergate mettre sur la place publique les infos sur la carrière de Nixon qu’il avait patiemment dénichées- et pour illustrer les failles de l’Amérique. Homme, comme on le sait, aux ambitions présidentielles, il se frotte au superhéros Slick Sam, finissant par découvrir que tous les élus – comme le peuple américain- se font littéralement enculer par cette figure représentant le rêve US.

On l’imagine bien, le livre a causé quelque scandale à l’époque. Plusieurs maisons d’édition l’ont refusé par peur de poursuites qui auraient pu être engagées par les personnages réels –ou leurs descendants- qui peuplent « Le bûcher de Times Square » - vous imaginez, scène d’amour consommé entre Nixon et Ethel Rosenberg à Sing-Sing, par exemple. Le roman aboutira finalement dans les librairies et pas dans les prétoires.

De façon plus essentielle, nombreux sont ceux qui prirent ombrage de la façon dont Coover, disent-ils, présente la guerre froide comme un pantalonnade grotesquement mise en scène par le gouvernement américain, dédouanant l’URSS de ses torts. Je pense que c’est là un mauvais procès. Coover se contrefiche totalement des soviétiques. Ce qui l’intéresse, c’est l’effet du conflit sur la psyché américaine, ce que la réaction dit de son pays. Il n’est pas nécessaire d’être un séide du spectre pour trouver à redire à l’American dream, au Maccarthisme et à la propagande des années ’50. Finalement, c’est un roman assez insulaire, americano-américain – ce qui permet en fait aux européens d’y voir surtout l’humour et l’outrance là où certains outre-atlantique ne voyaient que la politique supposée.

En ce qui concerne la véritable affaire Rosenberg, il semble assez clair que Coover était convaincu de l’innocence du couple – lorsqu’il évoque le procès, il ne parle que des points faibles de l’accusation, par exemple. Sur ce point précis, il se sera sans doute trompé puisqu’on sait avec quasi-certitude que Julius Rosenberg était bel et bien coupable –au contraire d’Ethel. Le débat devrait donc plutôt se porter sur la peine de mort – et s’il faut lutter contre celle-ci, c’est vrai aussi bien en ce qui concerne les condamnés innocents que les coupables.

Du point de vue historique, on peut dire du roman de Coover ce que Gass disait de la philosophie de Hegel à Paris en février dernier : dans le monde réel, c’est faux mais dans la fiction c’est absolument vrai. Le tour de force aura donc été de créer un monde absolument cohérent dans cet univers limité de 596 pages. On en vient donc au troisième angle d’attaque contre l’œuvre : le manque de réalisme psychologique, les arrangements avec la réalité, l’outrance du propos, la comic-heroisation de la République. Ceux qui insistent sur la nécessité pour un roman d’être vrai au sens linéaire, cohérent avec le monde extérieur et la nature humaine éviteront donc ce livre. Comme on l’a déjà dit, je ne suis pas certain que leur conception de la fiction soit la bonne ni que ce qu’ils adorent soit tellement « réaliste ». Quoiqu’il en soit, Coover a trouvé la forme parfaite pour dire ce qu’il avait à dire d’une façon absolument cohérente, créant ainsi une œuvre d’art tout à fait indépendante, qui fonctionne aussi bien lorsqu’on la met au contact du monde extérieur que lorsqu’on la prend seule et isolée. C’est pour ça qu’à l’heure de la chasse à l’islamiste « Le bûcher de Times Square » est toujours pertinent, c’est également pour ça que dans un phase de stabilisation politique il restera tout aussi fascinant qu’adapté à son temps.

Robert Coover, Le bûcher de Times Square, Seuil, 25€

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Pantalonnade

Sur la quatrième de couverture de « Sacco and Vanzetti must die ! », le premier roman de Mark Binelli, Ben Marcus dit que jusqu’à l’arrivée de ce livre, raconter des mensonges sur Sacco et Vanzetti était l’apanage du gouvernement américain. Il ne dit pas la vérité lui non plus, puisque dans cette affaire, tout le monde a raconté n’importe quoi. Si il n’y a guère de doute que Vanzetti était innocent, on n’est toujours pas sûr que Sacco n’était pas coupable. Contrairement au portrait fait par les radicaux, les deux Italiens n’étaient pas des angelots mort pour leur classe, mais bien deux anarchistes convaincus, membres de groupes prônant le passage à l’acte violent comme seul chemin possible vers la révolution. La seule certitude, parmi tous les doutes, reste que le procès a été bâclé et mené dans un souci idéologique plutôt que de justice. Ce n’était ni la première, ni la dernière fois que les Etats-Unis créaient eux-mêmes des martyrs en éliminant des gens qui n’auraient pas dû en avoir la carrure.

Mais Binelli ne s’intéresse que très peu de temps à la véritable carrière de Sacco et Vanzetti et leur réinvente une toute autre trajectoire, puisque les deux anarchistes sont transformés en duo comique à la Abbott et Costello ou Laurel et Hardy. De leurs débuts difficile dans un club miteux jusqu’à la mort de Sacco, en passant par l’invention de leurs routines les plus célèbres, les premiers succès, le cinéma, les disputes, la chute de popularité, le parcours du duo est quelque part entre le cas d’école et la caricature du destin des couples comiques célèbres.

Littérairement, le livre de Binelli s’intègre de certaine façon à une tradition dont Robert Coover est peut-être le meilleur défenseur. C’est justement Coover qui avait réécrit complètement le cas des époux Rosenberg, ces autres martyrs de la gauche, dans « The public burning ». « Sacco and Vanzetti must die ! » est sans doute moins impressionnant, mais reste l’un des meilleurs textes de ce type que j’ai lu. Le plus fort, je trouve, est le mode de narration, qui alterne entre descriptions alambiquées de films ou de routines, extraits d’interviews du duo, passages du journal de Vanzetti, textes critiques type cahiers du cinéma, etc. Binelli fait là un vrai travail sur sources primaires et secondaires, renforçant étrangement l’impression de réalité de sa fiction.

Justement, il y a quand même des traces de réalité dans ce livre. Il s’ouvre sur une sorte de chronologie de la vie des deux anarchistes, le récit du duo comique est parfois interrompu par des citations de lettres de Vanzetti ou des extraits des débats du procès, et tout un chapitre est consacré à la fuite d’un groupe radical dont ils étaient membres au Mexique pour échapper à la conscription de 1917. Les personnages inventés par Binelli ont bien évidemment gardés des traces de la vie des deux exécutés. Sacco est le séducteur, Vanzetti le célibataire, par exemple. De façon plus pertinente, Nicola Sacco est, selon moi, celui qui est dépeint de façon la moins sympathique, et c’est précisément lui le plus susceptible d’avoir été coupable de double assassinat. Il y a aussi une scène fantastique mais complètement fictionnelle où les comiques rejoignent les anarchistes : ils enlèvent l’aviateur fasciste Italo Balbo en visite à Chicago et le séquestrent pendant deux jours. Mais les personnages de Binelli ne pouvaient que louper l’affaire : après des jours sans nouvelles des autorités, il se rendent compte que la demande de rançon n’est jamais partie, puisqu’elle a servi d’emballage au beurre du frigo. Balbo est relâché, et ne mourra qu’en 1940. Il ne serait pas sorti vivant des mains de véritables anarchistes partisans de l’action directe.

Plutôt qu’à l’histoire sociale de l’époque, c’est aux stéréotypes sur les italo-américains que renvoie Binelli. On peut en effet lire ce roman comme un florilège de préjugés, allant du rital analphabète aux cheveux plein de gomina jusqu’aux fantasmes de bandits de grand chemin. Ainsi, la fiction s’inscrit d’autant plus dans l’époque où elle est sensée se dérouler qu’elle reflète un certain état d’esprit régnant alors aux Etats-Unis.

Au-delà de ça, on peut se demander si ce genre de livre essaie vraiment de dire quelque chose de nouveau au sujet de Sacco et Vanzetti. Si c’était là l’ambition, je ne suis pas convaincu que ce soit un succès. Par contre, d’un point de vue purement fictionnel, c’est un coup de maître. Avec « Sacco and Vanzetti must die! » Binelli prouve être un écrivain aux voix nombreuses et variées, ayant les moyens de ses ambitions. On suivra avec intérêt la suite de sa carrière…

Mark Binelli, Sacco and Vanzetti must die!, Dalkey Archive, $14.95

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Revenez demain: je posterai un entretien avec Mark Binelli que j'espère intéressant.

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Nixon, maître queutard

De tous les post-modernes américains, Robert Coover est peut-être le plus traduit en France. A quoi c’est dû, je ne le sais pas trop. Toujours est-il que tous ses livres depuis « Le bûcher de Times Square » ont connus une parution française, et ce bien qu’aucun de ceux-ci ne se soit avéré un best-seller. Tant mieux pour le lecteur francophone.

Robert Coover est né en 1932 dans l’Iowa. Tout au long de sa vie, il a été professeur de littérature, dernièrement à Brown. Parmi ses anciens étudiants, on compte Rick Moody et Ben Marcus. Il est également le fondateur de l’Electronic Literature Organization, un portail internet décider à aider la création et la diffusion d’œuvres littéraires utilisant le média électronique.

Influencé par Dostoïevski, Joyce, Beckett et Gaddis, contemporain immédiat de John Barth, John Hawkes et William Gass, contributeur régulier de McSweeney’s, cet auteur finalement peu lu est une des forces créatrices les plus importantes de la littérature américaine actuelle, une source constante d’inspiration pour ses multiples élèves.

Il y un an, j’avais été assez déçu par « Les aventures de Lucky Pierre », la dernière traduction parue au Seuil. Il s’agissait des aventures d’un acteur porno prisonnier de Cinécity, sa vie uniquement faite de performances sexuelles de plus en plus dingues. Fascinant pendant cent pages, cela tournait au gimmick pendant les quatre cent suivantes.

Je viens d’avoir l’occasion de lire un texte plus ancien, et nettement plus réussi. « Une éducation en Illinois » est un court roman, initialement paru en 1987. Il s’agit de l’histoire de la mort d’un certain Gloomy Gus à Chicago en 1937, abattu par la police lors d’une manifestation syndicale.

Gloomy Gus est un jeune homme qui savait tout faire sauf deux choses : draguer et jouer au football. Il décide donc d’abandonner graduellement ses autres activités pour apprendre à exceller dans ces deux domaines. L’apprentissage sera long et rude, mais il finira par devenir le meilleur joueur de son université, puis des Chicago Bears. Parallèlement, il se transforme en véritable maître queutard. Malheureusement, ses sacrifices lui ont coûtés le reste de ses connaissances.

Pour en arriver là, pour vaincre son hermétisme total au deux disciplines, il a été forcé d’apprendre à l’aide de routine plus absurdes les unes que les autres, utilisant des codes chiffrés sensés lui indiquer ce qu’il doit faire à quel moment. Malheureusement, notre pauvre ami voit ses codes « crackés » par ses adversaires et perd complètement la boule. Il plaque sa fiancée contre un mur ou offre son vit à une cheerleader en plein stade. Gloomy Gus est interné, soigné et relâché. Il est devenu acteur au répertoire unidimensionnel et échoue parmi des syndicalistes marxistes à Chicago, où il trouvera la mort.

Gloomy Gus, c’est en fait, 10 ans après « The Public Burning », le retour dans la fiction de Coover de l’homme qu’il déteste le plus : Richard Nixon. Le vrai prénom de Gus est Dick et c’est un quaker californien. Coover essaie d’imaginer la carrière du président du Watergate s’il avait consacré son énergie non pas à la politique mais bien au sport et au sexe.

C’est un roman parfois fort drôle, très cinématographique, facile à lire. Robert Coover n’est finalement pas un écrivain sur lequel il est nécessaire d’avoir fait une thèse pour pouvoir l’apprécier. « Une éducation en Illinois » se savoure très bien comme ça, au lecteur de choisir s’il veut ensuite faire la chasse aux multiples références, à la métanarration.

Il s’agit sans doute d’un texte mineur, mais c’est un point d’entrée dans l’œuvre de ce père du post-modernisme littéraire qui paraîtra idéal à celui qui hésite à se lancer directement dans le grand bassin.

Robert Coover, Une éducation en Illinois, Le Seuil, épuisé

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