Gri-gri dans le goal

Il y a dans « Putas Asesinas », le second et dernier recueil de nouvelles publié du vivant de Robert Bolaño, quelques récits admirables dont la force réside bien souvent dans ce qui n’est pas dit, dans le flou qui règne aux marges de l’histoire. Cette zone d’ombre perpétuelle est remplie par le lecteur qui ne supporte le vide par ses propres angoisses et peurs, faisant ainsi de la lecture une expérience assez inconfortable évoquant le Cortázar des « Armes secrètes », par exemple.

Ce n’est pourtant pas d’une de ces nouvelles dont je vais vous parler, mais d’une en apparence plus simple – quoique non dépourvue de zones d’ombre. « Buba » est sans conteste le meilleur texte de fiction sur le football qu’il m’ait été donné de lire. L’histoire est racontée par un jeune ailier gauche chilien récemment transféré dans un club de Barcelone. A peine la saison entamée, il se blesse gravement. L’équipe joue très mal et les dirigeants, afin d’apaiser un public très en colère, acquièrent Buba, un milieu de terrain africain pratiquement inconnu. Pour faciliter son intégration, il va vivre avec le narrateur. La saison continue sur le même mode jusqu’à ce qu’une des stars de l’équipe se blesse et que Buba apprenne qu’il jouera le lendemain. Voilà qu’il convainc le joueur chilien et Herrera, un espagnol réserviste, à lui donner un peu de sang pour une mystérieuse cérémonie dans la salle de bains. Commence alors une série de victoires qui mènera le club au sommet de l’Espagne et puis de l’Europe.

Au-delà de la magie, on a là un portrait assez crédible de la vie dans un club de foot pour le joueur blessé, l’étranger, le réserviste et puis pour les nouvelles stars. Bolaño recrée très bien l’ambiance faite de stress, de victoires et de défaites tout en ne se contentant pas de faire juste le récit d’un succès : l’approche sorcellerie donne à la fois un intérêt au récit pour ceux qui n’ont que faire du football mais surtout offre une belle métaphore pour la part de hasard et d’incompréhensible que peut parfois receler la réussite ou l’échec d’une saison.

On pourrait jouer également au jeu des ressemblances afin de déterminer qui est qui, mais la vérité est que rien, dans cette fiction, ne permet de la faire : on est à Barcelone, certes, mais toutes les infos comparées à ce qui s’est vraiment passé ne collent pas. Tout au plus pourra-t-on dire que le portrait de Herrera, footballeur intellectuel, fait penser au Josep Guardiola décrit par Enrique Vila-Matas dans « Desde la ciudad nerviosa ». De toute façon, il n’est pas nécessaire de faire cette étude ni d’être un connaisseur pour apprécier « Buba » et, a fortiori, l’ensemble de ce recueil.

Roberto Bolaño, Putas Assesinas, Anagrama, 7€50
Traduit chez Christian Bourgois, Des putains meurtrières, 22€

 

3 commentaires:

  1. Philippe said,

    Samuel Eto'o ?

    :)

    on 9:28 AM


  2. Il jouait toujours au RCD Mallorca quand le livre est sorti. Mais bon, je parierais bien qu'il voyait dans l'avenir. En fait, même le club est impossible à déterminer (et j'ai l'impression que c'est une histoire qui se déroule dans les 80's).

    on 10:13 AM


  3. a.w. said,

    Concernant Bolaño et son 2666, Christian Bourgois a annoncé la parution à mars 2008, lors d'une rencontre éditeurs-libraires à Paris il y a peu.

    on 10:30 AM


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