New York, New York

Le magazine littéraire de ce mois-ci met à l’honneur New York et les écrivains qui ont placé cette ville au cœur de leur création. Le dossier fait 40 pages et justifie à coup sûr l’achat. Pour vous, illusoires lecteurs, je vais passer en revue ces quelques articles.

Pierre-Yves Pétillon, auteur d’une indispensable « Histoire de la littérature américaine 1939-1989 », offre un papier de six pages sur trois romans dont New York est le personnage central plutôt que le décor. Il s’agit de « Manhattan Transfer » -John Dos Passos, 1925-, « Martin Dressler » -Steven Milhauser, 1996- et « Outremonde » -Don DeLillo, 1997. À n’en point douter, des œuvres importantes mais malheureusement traitées ici sous forme de mini résumé, alors qu’il aurait sans doute été plus intéressant d’analyser plus précisément la vision de la ville qui en transparaît. Plus intéressants sont les articles de Béatrice Pire sur la génération perdue, sur New York, muse des poètes et surtout sur la littérature noire de Harlem, toujours fort peu connue.

Gérard-Georges Lemaire revient sur l’importance de « Big Apple » dans l’histoire des écrivains beats, un article presque plus intéressant que la majorité des textes qu’il a écrit pour son anthologie « Beat Generation » -intéressante sélection d’écrits, mauvais articles « explicatifs ».

L’article qui a attiré les plus mon attention fut sans doute celui sur la ville, l’immigration et les écrivains juifs. Rapidement évoqué dans le papier de Rachel Grandmangin, c’est pourtant à Saul Bellow que je pense lorsque l’on me présente l’équation écrivain + juif + New York. Bien qu’il n’y ait vécu que par intermittence, ce monstre de la littérature nord-américaine y a quand même situé plusieurs romans, comme « The Victim », « Humboldt’s Gift » ou certains chapitres de l’incontournable « Herzog ». Je ne crois cependant pas qu’il aimait beaucoup cette ville, dont il a dit « I think that New York is not the cultural centre of America, but the business and administrative centre of American culture » (source ici).

Tout aussi intéressants sont les deux derniers articles qui composent le dossier. Le premier concerne les écrivains français et la grosse pomme, une relation bien sûr difficile : c’est un monde tellement différent au leur. On retiendra les mots de Blaise Cendrars sur l’accueil réservé aux émigrants : « ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens. On leur jette des morceaux de viande noire comme à des chiens. » Le second évoque le début d’appropriation du 11 septembre par les écrivains New Yorkais. À noter que l’auteur qui avait dit « le New York sur lequel j’écrivais a (…) cessé d’exister » n’a toujours pas publié de fiction post-9/11. Il s’agit de l’über-Manhattanien Jay McInerney.

Mauvais coucheur par nature, je dois absolument râler sur quelque chose. Pas difficile : un seul auteur a droit à un article qui lui est exclusivement consacré et il s’agit de Paul Auster. Cela s’explique par deux facteurs : son nouveau roman sort en septembre, et il jouit d’un grand succès commercial par chez nous. C’est tout de même malheureux : il n’est peut-être pas mauvais, mais ce n’est absolument pas un grand écrivain. Preuve en sont les trois pages accompagnant l’article, extraites en exclusivité de son prochain livre, parfaitement insipides. Paul Auster est le Dan Brown des bobos.

Le lecteur trouvera également une chronologie du New York littéraire, des portraits d’Edith Wharton, Truman Capote, Tom Wolfe, Hubert Selby Jr, Jay McInerney, Bret Easton Ellis –dont le nouveau roman sortira aux USA en août, ainsi que des réflexions sur leur ville par des écrivains locaux : Bruce Benderson, Rick Moody –pour qui « Les reconnaissances » de l'immense mais trop peu lu William Gaddis est le meilleur livre sur la ville-, Edmund White, Siri Hudvestdt et Jonathan Lethem.

Le magazine littéraire, 5€50 en kiosque.

 

1 commentaires:

  1. babethe said,

    Sur les écrivains immigrés à New York, je suis un peu déçue de ce que j'ai perçu (dans les textes de ce n° du Mag Litt) comme superficiel sur la période 40-45 concernant les écrivains français (et tous ceux qui, étrangers, sont parvenus à quitter in extremis la France pour les US). Il y aurait tellement à analyser, politiquement comme socialement, sur qui a pu bénéficier des aides pour émigrer et pourquoi, et qui a perdu la vie et qui a pu la conserver et grâce à qui et comment... c'est pourtant grave. Si les conditons matérielles (et financières) sont occultées,ça change toute la crédibilité des analyses il me semble. Je pense à l'action de Varian Fry, à Lion Feutschwangler comme un cas exemplaire, et aux morts dont Varian Fry ne se remettra pas. Cependant, un André Breton (et sa femille) aura bénéficié du réseau de Varian Fry alors qu'il n'était pas en danger objectif... Ceci peut paraître être du mauvais esprit mais je pense qu'il y a beaucoup encore à apprendre de la discrimination inconsciente et collective qui s'est opérée à l'époque. Vaste sujet de réflexion... et espace à analyser encore !

    on 12:22 AM


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