Rationaliser les ressources

Il y a quelques jours, lors d’une après-midi paresseuse, je me suis mis dans la tête de compter les livres de ma (mes) pile(s) en attente. Je m’attendais à atteindre la quarantaine. Il est maintenant évident que je suis incapable d’estimer correctement une quantité de volumes de papier : il y en a 109, soit, si j’en crois les statistiques les plus savantes récoltées par mes soins, de dix à onze mois de lecture. Le problème principal causé par ce genre d’arrière n’est ni financier ni lié à l’espace nécessaire. C’est celui de l’organisation. Que choisir après le livre tout juste terminé ? J’ai remarqué que certains titres pouvaient facilement rester deux ans dans les rayonnages, qu’il y avait dans mes choix une sorte de « pattern » difficile à briser et qui me menait à ignorer certains types de livres et d’auteurs. Il y a quelques mois j’ai mis en place une système d’automatisation (ou presque) de gestion des stocks. A de rares exceptions près – le dernier DeLillo est arrivé directement au premier rang des livres en attente-, je ne choisis pas ma prochaine lecture : elle m’est imposée (ou presque).

Au commencement, j’ai sélectionné une petite vingtaine de livres de tailles et d’origines variées. Je'ai classé et ordonné l'ensemble à peu près comme suit : contemporain US, hispanophone, classique US, germanophone, francophone ou autres. Chaque fois que je prend une œuvre sur le haut de la pile, je dois ajouter en dessous un autre, similaire en épaisseur et en origine. L’idée est que ça reflète les proportions de la centaine de volumes en attente et me force à lire ce que j’ai délaissé bien trop longtemps. Bien sûr, cette « input queue » ne correspond plus tout à fait à ce qu’elle était au début (ainsi, les six prochains comptent un seul US pour deux hispanophones, deux germanophones et un autres), mais je crois que ça marche.

Et le romantisme du choix, l’impulsion du moment ? Au bac. La lecture est un processus industriel me permettant de remplir des quotas, de composer des spreadsheets excell et de causer chiffre. La littérature ? Morte et enterrée. Sérieux. Et vous, votre petite entreprise, elle tourne comment ?

 

7 commentaires:

  1. djnic said,

    La qualité des textes importe peu, il s'agit avant tout de se repaître de papelard, de "bouffer du bouque" comme disent les érudits québecquois. Ce qui compte en revanche, ce sont les piles : leur taille et leur nombre. Je préconise un maximum de trois piles de livres par pièce, du moins en appartement,chaque pile n'excédant pas 7 ouvrages : au-delà, cela ne rime à rien; à propos, pas de poésie - hormis Walt Whitman et E.E. Cummings, bien entendu.

    on 4:25 PM


  2. Pedro Babel said,

    Cher Fausto : De mon côté, je suis actuellement occupé à enfin lire les livres que j'avais achetés pour un cours de littérature comparée à la fac de lettres, c'est-à-dire des livres qui m'attendent dans ma bibliothèque depuis septembre ou octobre 2000... Et je dois dire qu'après avoir enfin lu Segalen et Michaux, je me sens un peu honteux de ne pas leur avoir donné plus tôt la chance de me plaire autant. Bon, le troisième livre est du Claudel, mais comme c'est de la poésie (que j'aime sans modération, contrairement à Djnic), mon peu de considération pour le bonhomme en lui-même ne devrait pas trop m'empêcher d'y prendre plaisir. Mais pour choisir le prochain ouvrage, je ne serai pas aussi systématiquement organisé que toi : la seule résolution que j'ai prise concernant les livres "en attente", c'est d'essayer de les grouper par affinités thématiques (l'orient, la short story, le surréalisme, etc.). Quant à savoir exactement combien de volumes appartiennent à cette triste catégorie, c'est là un comptage que je préfère ne pas effectuer...

    on 6:54 PM


  3. g@rp said,

    Fausto m'a tuer.
    Après ce papier, j'ai foncé sur mes piles.
    Le problème, c'est que j'avais oublié que je n'avais même plus la place de faire des piles. Que j'étais passé...aux strates. On m'objectera que c'est la même chose, mais en moins haut. Certes. N'empêche que.
    Or donc, dans ces strates érigées en mille-feuilles : une couche de "en cours" pour une couche de "à lire".
    Et là, là -- aaah ! Fausto...Fausto...Pourquoi a-t-il fallu que tu écrivasse ce papier.
    "A lire" depuis un bon moment : Vollmann, Evenson, Dantec [oui, bon, ça peut encore attendre...] Palahniuk, Moody [maudit soit je, je n'y pensais plus]j'en passe et des meilleurs et des moins bons.
    "En cours" ? Foster Wallace, Pynchon [lecture café/sucre du matin après celles de vos papiers, aux uns et aux autres], Gass [lecture café/sucre aussi, juste après le Pynch], Sorrentino [lui, c'est lecture midi/deux -- après le café/sucre, il est vrai]...et d'autres.
    Sans parler de Only Revolutions dans lequel je me plonge avec les oreilles tout en conduisant [ce qui lui va bien, il me semble]...en attendant sa parution le 23 aout.
    Je compte sérieusement sur mes 3 semaines de congés pour laminer les strates !
    Qu'on se le dise !
    Le hic (et presque nunc) c'est que d'ici là...il y aura la rentrée "littéraire"
    Aaaaah punaise !

    on 8:41 PM


  4. a.w. said,

    Pour ma part, deux piles croisées par ordre de priorité : les gros et les petits, en fonction de leur date de parution (moisissures de plus de deux ans, chaude actualité, et verts services de presse à paraître).

    En gros, j'essaie de ne pas commencer deux livres de plus de 500 pages (et je manque déjà à cette règle puisque je n'ai toujours pas fini le Tunnel de Gass (à la moitié), en cours de Paradiso de Lezama Lima (même niveau, à la moitié) et 2666 de Bolaño (en espagnol, ce qui ralentit encore la lecture) et je viens de commencer un livre qui va paraître à la rentrée : Amende honorable de Julien Capron, un premier roman français de 650 pages).

    Ensuite, vient la foule de livre plus courts que j'essaie de finir rapidement, dont je ne me laisse pas plus d'une semaine de durée de lecture. Pas de liste possible, ceux-là, je les considère "à lire" ou "lus", jamais en cours.

    Tout cela en essayant de doser littérature française et littérature traduite. Sans oublier un ou deux essais ou bds de temps à autre.

    Le choix de ces livres ? Toujours en suivant des signes...

    on 9:52 PM


  5. Claro said,

    Mon système est super simple: soixante-sneuf piles de soixante-neuf livres organisé en tétraèdre bi-hexaconique, avec permutation dilatatoire des stocks à chaque péri-rotation aléatoire. Ça tombe bien, j'ai pas envie de lire en ce moment…

    on 10:38 AM


  6. gadrel said,

    Je m'étonne que tu n'aies que des romans (apparemment) dans ta pile.

    De mon côté, dans les 200 à 300 livres en attente, et 50 nouveaux qui arriveront fin du mois. Certains achetés il y a 15 ans, voire plus, et toujours pas lus. Certains sur lesquels je me jette dès qu'ils arrivent. Certains que je vends sans même les avoir lus, m'interrogeant sur les raisons de mon achat. J'en lis 5 à 10 de façon simultanée. Pour le moment : "Le cubisme", de Pierre Cabanne, "Stiépantchikovo et ses habitants", de Dostoïevski, "La cloche de détresse", de Sylvia Plath, "La guerre secrète", d'Anthony Cave Brown, le théâtre complet d'Eugène Labiche, "L'Afrique de l'Ouest, berceau de l'art nègre", de Terrisse, et "Iconography of power" de Victoria Bonnell.

    on 11:08 AM


  7. Philippe said,

    "Elire plutôt que lire".
    C'est Paul Valéry qui disait ça...

    on 2:50 PM


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