Noir fable of the spanked prick

J’avais décidé, en 2008, de commencer à combler les trous dans ma connaissance de l’œuvre de Robert Coover. Je n’ai bien sûr pas encore fini mon parcours mais, au cours de l’année écoulée, j’en ai lu cinq. Je vous avais parlé en détail de l’un d’eux, il est maintenant temps de revenir (rapidement, malheureusement) sur les quatre autres livres. A une exception près, aucun de ces textes n’est considéré comme majeur dans le corpus cooverien et ce malgré leurs qualités évidentes.

Commençons par le majeur, celui qui vient juste après “The origin of the brunists” et “The universal baseball association Inc. ”

"Pricksongs & descants" – il s’agit là de ce qui ressemble bien au programme de l’œuvre, à l’annonce de l’intention, à la démonstration de ce qui va venir. Recueil de nouvelles encore plus déstabilisantes que celles de Donald Barthelme, « Pricksongs & descants » démonte les mythes, dissèque les formes, réassemble le genre, dynamite la short story. Ironie et subversion se tiennent la main dans un exercice pas gratuit du tout : aujourd’hui encore, lire ces textes, c’est à la fois changer d’opinion sur ce qu’est l’art de la nouvelle et mettre en question son rapport aux grands récits. C’est beau, c’est grand, c’est ludique, c’est mystérieux et c’est marrant. On retiendra en particulier The magic poker et le classique The babysitter (dont l’opération d’épuisement des possibles pourrait bien annoncer le Jauffret d’ « Univers, univers »).

"Spanking the maid" – tout petit livre, tout petit livre. Son titre est son programme : un maître fesse la bonne. Elle doit nettoyer la chambre sans se faire remarquer ; il se doit de la punir si quelque chose n’est pas bien fait. Elle trouve toujours des objets bizarres dans son lit ; il trouve toujours à redire sur son travail. Programmée pour être fessée, programmé pour fesser. « Spanking the maid » fait à la fois partie d’un panthéon SM (selon Daphne Merkin) et du canon occidental (selon Harold Bloom). Son intérêt est plus grand qu’il n’y semble : il réside, notamment, dans une prose étincelante, travaillée, qui suggère, titille, taquine, dit plus qu’il n’y paraît et sert à souligner la complexité d’une relation a priori simple mais qui enferme ses deux participants dans des rôles dont ils ne sortent et qui ouvre au lecteur de nombreuses voies d’interprétation.

"A political fable" – encore plus petit livre. Cette fois-ci, Coover emprunte directement le chat chapeauté à son créateur, Dr Seuss, et le lance dans une campagne électorale présidentielle. Un cacique d’une faction politique américaine raconte comment, malgré ses plus grandes réticences, la jeune génération du parti imposa le chat chapeauté comme candidat, comment il fut à deux doigts de gagner, comme on rappela le narrateur pour sauver le bateau à la dérive et comment on se débarrassa de l’incontrôlable félin. « A political fable » est une diversion sympathique qui évoquera les scènes les plus « comics » de « The public burning ». Comme toujours chez Coover, on rit énormément et on regarde, les yeux écarquillés, une écriture remarquable. La proximité, à l’époque de ma lecture, des véritables ( ?) élections présidentielles US n’est sans doute pas étrangère au plaisir ressenti.

"Noir" – publié en début d’année en français exclusivement (pas d’édition US prévue à ce jour), “Noir” est le détour de Coover par le polar, un des rares genres qu’il n’avait pas encore abordé. Les flics sont blue, les secrétaires sont blanches et les privés sont noirs. Livre hilarant qui ne mène nulle part sinon à un jeu infini sur la forme. Les poncifs sont utilisés parfois tendrement parfois sardoniquement, le personnage principal évoque le film noir et Phil Marlowe, roi du Noir, dont il emprunte certains traits si ce n’est qu’il se fait avoir à la fin. Une vraie réussite. Pour sûr, certains amateurs de série noire n’ont que modérément apprécié la forme qui se fait la malle et le fond qui n’apparait jamais. On se souvient du fils Manchette sur France cul qui trouvait le roman « froid » et « universitaire », avant de se plaindre qu’on n’y retrouvait rien de la critique sociale, qui, selon lui, serait le propre du genre. Un estimé collègue résuma le débat ainsi : « le fils de Manchette est un con ».

Robert Coover, Pricksongs & Descants, Grove Press, $14
Robert Coover, Spanking the maid, Grove Press, $11
Robert Coover, A political fable, Viking Press, épuisé
Robert Coover, Noir, Seuil, 18€

 

3 commentaires:

  1. gadrel said,

    Qu'as-tu à dire sur l'Inde, pourrais-tu écrire un papier à ce sujet ? Les gens, l'ambiance, la culture, etc.

    on 10:46 AM


  2. odot said,

    je viens de relire deux nouvelles de "in the penny arcade" de millhauser et un truc m'a frappé: c'est pas si loin des nouvelles de coover. tu l'as déjà lu?

    on 12:26 PM


  3. Anonyme said,

    C'est du ZAN... No contest...

    Fortunato

    on 2:42 AM


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