L'ombre en fuite

Au début du mois, j'avais remis en avant deux textes publiés il y a quelques temps parce que les traductions françaises de ses livres lus en VO venaient de paraître. Je n'avais pas voulu faire pareil avec "L'ombre en fuite" ("Plowing the dark") de Richard Powers: la note publiée en septembre denier ne lui était pas exclusivement consacrée. J'ai changé d'avis lorsqu'on a attiré mon attention, ces derniers jours, sur quelques posts de divers blogs qui, selon moi, ne rendent pas justice au livre. Powers est un des grands américains, un auteur difficile et "L'ombre en fuite" est probablement l'un de ses textes les plus durs. Le succès français de "La chambre aux échos" et de "Le temps où nous chantions" est mérité, réjouissant. J'ai tout de même l'impression qu'il a causé une erreur de perception qu'on est en train de payer aujourd'hui: l'image de Powers en France ne correspond pas à la réalité de son oeuvre. C'est sans doute pour ça que l'attachée de presse du Cherche-midi a ciblé pour sa campagne des blogs qui ne me semblent pas les plus appropriés pour promouvoir un tel roman.

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Rares sont les livres qui parviennent à évoquer au lecteur un ensemble d’autres livres qui formeraient une sélection plus qu’honorable. C’est le cas de « Plowing the dark », septième roman de Richard Powers, lecture difficile qui m’aura fait passer par toutes les couleurs possibles et imaginables, écrivant furieusement de petites notes, entrevoyant la nécessité de relire d’autres romans rencontrés à toutes époques afin, pour certains, de comprendre ce qui se passait, pour d’autres, de comparer le traitement de thèmes similaires. Art, faux et argent comme dans « The recognitions ». Violence, terrorisme et otages au Liban comme dans « Mao II ». Dickens et la littérature pour rester sain d’esprit et se sauver lors de moments difficiles comme dans « Mr. Pip ». L’impression de se retrouver enfermé dans une réalité parallèle sans porte de sortie comme dans « Zeroville ». Les liens vont du superficiel au profond, de l’anecdotique au troublant mais enrichissent et complexifient toujours l’expérience vécue au fil des pages : « Plowing the dark » ouvre un tas de portes dans l’esprit du lecteur. Celle qui pour moi aura été ouverte la plus grande mène aux évènements de Tienanmen. Juste avant de lire ce roman, j’avais fini « Beijing Coma », le Ma Jian paru le mois dernier. Et si l’un se sert des répressions en toile de fond comme illustration d’un des thèses alors que pour l’autre il s’agit du centre même de la narration, il n’en reste pas moins quelques liens que j’espère intéressants.

Dans « Beijing Coma », Ma Jian écrit du point de vue de Dai Wei, un jeune homme plongé dans le coma : il a reçu une balle dans la tête lorsque l’armée chinoise a dégagé la place Tienanmen après un mois d’occupation et de protestation au départ estudiantines. Alors que sa mère s’occupe de lui à la maison – puisqu’il était proche des leaders étudiants dont il organisait le service d’ordre, les hôpitaux ont reçu de la police l’ordre de ne plus lui octroyer de soins – il repasse dans sa tête sa vie entière jusqu’à l’instant fatidique. Fils de « droitiste » rééduqué durant la révolution culturelle et réhabilité du bout des lèvres par Deng, il grandit auprès de sa mère qui insiste pour qu’il ne se mêle pas à la politique autrement qu’en louangeant l’action du parti. Le retour au foyer de son père, homme brisé et fini, ne fait que le convaincre du pathétique de l’action politique. Il ne se rend alors pas compte que le crime de son père n’était autre que celui d’être, tout simplement : il n’avait jamais pris part à quelque manœuvre remettant en cause la direction de la république populaire. C’est justement lorsque, à l’adolescence, Dai Wei se trouve au prise avec le système étatique chinois qu’il commence à prendre conscience que l’on peut être puni pour le simple fait de vouloir exister en tant qu’être humain. A la suit d’un incident particulièrement humiliant, qui finit par le mettre à la merci d’une brute dans un commissariat de police, commence son propre périple sur les traces de son père – tout d’abord réelles lorsqu’il visite la région où il a été détenu, apprenant au passage l’incroyable cruauté de l’époque Mao ; plus métaphoriques ensuite lorsque ses découvertes changent sa façon de voir son avenir et le mettent vis-à-vis de sa mère dans la position paternelle de celui qui ruine sa vie.

« Plowing the dark » est un livre divisé entre deux narrations de prime abord distinctes : le travail sur la réalité virtuelle d’une équipe d’artistes et d’informaticiens convaincus d’ouvrir une nouvelle voie pour le monde et le récit des années en tant qu’otage d’un irano-américain au Liban entre 1988 et 1990. Quel rapport avec la Chine – et avec « Beijing Coma »? Dans une scène capitale du livre de Powers, les petits sorciers de la RV se retrouvent devant des écrans de télévision à regarder les premiers jours des protestations étudiantes chinoises. Enthousiasmés par ce qu’ils voient et sous le poids de leur conviction de l’importance de la mission qu’ils accomplissent devant leurs ordinateurs, ils en viennent à se demander si ce n’est pas leur travail sur la réalité virtuelle qui aurait un effet sur le monde extérieur et aurait ainsi déclenché le mouvement estudiantin, tel un papillon qui bat des ailes ici déclenche un ouragan là-bas. De fait, il y a chez eux la conviction que leur travail permettra de changer le monde réel. Le point commun le plus évident entre les deux romans est d’abord de présenter deux groupes – étudiants, chercheurs – luttant pour un changement de fond. Dans les deux cas, on nous raconte l’espoir, la volonté et d’illusion. Mais tout ça n’est que ressemblance superficielle : si les personnages de « Plowing the dark » pensent voir dans leur travail ainsi que dans la chute du mur de Berlin et les protestations chinoises la promesse de l’inéluctable fin de l’histoire, les étudiant chinois ne pensent pas en ces termes : s’ils font partie de l’Histoire, l’écrivant même peut-être, il n’y a aucun doute chez eux qu’il ne s’agit que d’un chapitre de celle-ci. Des deux côtés, les désirs étaient utopiques et la fin du rêve provoqua le dur, très dur retour à la réalité. Mais chez Ma Jian ce retour prend la forme de la mort, de la torture, des disparitions et de la nécessaire adaptation des jeunes à un pays qui a clairement fait comprendre que le changement ne serait jamais que celui décidé par les dirigeants, tandis que chez Powers la fin de l’utopie n’est que la fin d’un projet : protégés au point de se permettre de croire que l’histoire était sur le point de se terminer, les personnages connaissent un atterrissage nettement moins rude que ceux de Ma Jian, car ne consistant qu’à se réveiller à la réalité extérieur. On notera l’habileté de Powers : c’est le début de protestations de Tienanmen qui fera croire aux chercheurs qu’ils ont un pouvoir ; c’est la répression qui les entraînera vers la réalisation que leur travail n’a aucune application concrète.

Finalement, Powers parle d’un monde où l’on peut se permettre le luxe de l’abstraction et où les dépenses a priori inutiles prévalent (la richesse est telle que la possibilité de perte n’est pas un réel problème) alors que Ma Jian, lui, évoque une réalité concrète, dure et d’autant plus désespérante qu’on s’est permis de rêver. Cette différence est, je pense, reflétée formellement dans les deux romans. « Beijing Coma » est écrit simplement, directement, en restant très terre à terre. Le message s’adresse clairement au plus grand nombre, il s’agit de raconter ce qu’il est impossible de raconter (les évènements de juin 1989 sont tabou en Chine). En fait, le livre est plutôt mal écrit et son efficacité repose entièrement sur le poids émotionnel de ce qui y est raconté. Par contre, Richard Powers est un écrivain qui brille par sa maîtrise de la langue, la force et la pertinence de ses métaphores. Ses livres sont des expériences qui se jouent dans l’abstraction, le sens est à découvrir, à reconstruire. Powers peut se le permettre. Le passé de Ma Jian et l’histoire qu’il veut raconter ne lui permet pas : même s’il s’avérait capable de s’élever à la hauteur de Powers, on peut penser qu’il ne le ferait pas parce que ceux à qui il veut rendre justice sont toujours dans un combat concret – une forme plus sophistiquée ne fonctionnerait sans doute pas.

Avant de conclure, il faut quand même préciser que les deux romans ne se limitent pas à ce que j’ai essayé de développer ici. « Plowing the dark » approche aussi les thèmes que j’ai mentionnés au tout début et il y aurait en plus beaucoup à dire de l’articulation entre le récit de la réalité virtuelle et celui de l’otage au Liban. C’est là qu’on trouve les pages les plus émouvantes dans un livre certes pas aussi froid et cérébral qu’on veut bien le dire mais où l’émotion ne vient qu’après la digestion de la réflexion philosophique et scientifique de l’auteur. En ce qui concerne « Beijing Coma », le récit ne s’arrête pas au quatre juin 1989. Les souvenirs de Dai Wei sont interrompus par l’intrusion régulière dans ses pensées de bribes du monde extérieur. Il en tire un portrait de la Chine d’après, celle qu’il ne connaît pas de première main – un peu comme Ma Jian, exilé depuis 1987 – mais qu’on pourrait résumer en un « plus les choses changent, moins elles changent » : la relative ouverture économique fait vivre un certain nombre de personnes mieux qu’avant mais n’a pas permis de changer réellement un Etat brutal et meurtrier. A ce titre, les derniers chapitres sont lumineux.

« Plowing the dark » est un livre brillant écrit par un des grands écrivains américains actuels. Sa lecture est une expérience exceptionnelle qui, pourtant, ne satisfait pas autant que celle de « The echo maker ». Peut-être parce qu’il décrit ici un monde fukuyamesque, inconnu de nous, vieux de près de vingt ans et déjà absurde alors que son dernier roman – peut-être le meilleur livre post 09/11 à ce jour – nous est plus proche – humainement parlant, mais surtout dans l’expérience décrite. « Beijing Coma » touche finalement plus, remporte l’adhésion alors que c’est un livre littérairement inférieur. Les évènements et les états d’esprit décrits sont tout aussi éloignés temporellement mais nous semblent bien plus réel : la réalité virtuelle est morte, pas la République populaire de Chine.

Richard Powers, Plowing the dark, FSG, $15.00
vf: L'ombre en fuite, Cherche-midi coll. Lot49, 22€
Ma Jian, Beijing Coma, Flammarion, 23€

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Misérable dimanche

(15 nov 1930 - 19 apr 2009)

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Les yuppies selon Seth

C'est avec une certaine surprise que j'ai lu il y a quelques jours la note de Christope Greuet consacrée à « Golden Gate » de Vikram Seth: selon le journaliste du Midi libre, il s'agirait en effet d'un « portrait au vitriol de l’Amérique des eighties, où le dollar est roi et les yuppies des maîtres du monde en perdition affective ». Je sais que Claro, pour sa traduction, est passé des tétramètres iambiques originaux à l'alexandrin, mais pour que le livre de Seth corresponde à la formulation de Greuet il faudrait en plus qu'il ait été complètement réécrit dans son intrigue même.

« Golden gate » se déroule à San Francisco au début des années '80. On y suit les histoires d'amour d'une poignée de jeunes professionnels d'une vingtaine d'années. Le cadre politique et social est bien évidemment en large partie déterminant dans leurs relations, que ce soit celle entre le catholique homosexuel et l'homme marié abandonné par sa femme, coincés qu'ils sont entre le désir de vivre leur amour et l'opposition de la foi ainsi que, sans doute, de la famille ou celle entre un homme un peu trop susceptible au positionnement non-politique (ce qui, en ce temps là voulait dire plutôt à droite) et une avocate de plus en plus portée vers de luttes politiques dites progressistes, divisés qu'ils sont par la perception de plus en plus éloignée qu'ils ont de ce qui devrait faire la bonne vie. Et Christophe Greuet a bien raison: il s'agit d'un portrait et il s'agit de gens en perdition affective. Mais est-il au vitriol? Le dollar y est-il roi et les yuppies décrits comme les maîtres du monde? J'aimerais en voir les preuves dans le récit, et je pense qu'on ne saurait les apporter.

Seth, d'une certaine façon, rit de ses personnages. Certes. Quoi qu'il en soit, impossible de ne pas se rendre compte que ce rire est celui, tendre, que l'on a parfois en pensant à nos amis ou à nos familles. Il n'y a guère de vitriol ici, et l'Amérique de Reagan n'est qu'une toile de fond, un contexte qui permet d'épaissir les psychologies et pas le motif central de « Golden gate ». Seth décrit ici son propre milieu, ce qu'il a connu, les lieux où il allait prendre un verre, manger un bout. Il y a sans doute à travers ces pages les ombres nombreuses de ses propres connaissances et le regard qu'il jette sur ce qui est son monde à lui, étudiant en économie à Stanford, n'a pas la méchanceté d'une attaque mordante: il a au contraire la bienveillance de celui qui connait intimement les travers décrits. Je me demande vraiment comment on peut soutenir le contraire. Peut-être est-ce dû à un préjugé de lecteur basé sur des connaissances partielles d'une époque souvent décriée? Je ne veux bien sûr pas prétendre que c'est le cas de Christophe Greuet, cependant l'utilisation qu'il fait du terme yuppie semble aller dans ce sens. Seth utilise le mot assez tôt dans le livre, mais sans connotation péjorative. Et pour cause: lorsqu'il écrit son livre, l'aspect franchement désagréable qu'on lui attache n'était pas encore de mise, puisqu'il n'est venu qu'après la crise boursière de 1987. A l'époque, les yuppies ne sont pas les requins de la finance dépeints dans le film « Wall street » ou dans les romans « Le bûcher des vanités » et « American psycho ». Non, les yuppies sont juste des gens à l'éducation universitaire, originaires des classes moyennes et qui peuvent espérer s'élever socialement. Ils gagnent bien leurs vies, ont des dépenses souvent frivoles et sont plutôt frileux fiscalement tout en étant culturellement et socialement progressistes. On est loin des délires cokés d'un Patrick Bateman qui, pour le coup, est bien le personnage principal d'un portrait au vitriol de l’Amérique des eighties, où le dollar est roi et les yuppies des maîtres du monde en perdition affective. Mais « Golden gate »? Oh non, vraiment non. Comment le prétendre?

Quoi qu'il en soit, vingt-trois ans après, une bonne partie des thèmes sociaux et politiques ont perdu de leur actualité. Les années Reagan sont loin derrière, la bombe est passée d'une menace considérée comme claire et directe à un épouvantail politique dans le vaudeville international néocon, les espoirs individuels, les politiques sexuelles, les illusions et les utopies ont changé. Tout ça a donc vieilli. La force de « Golden gate » réside ailleurs. Premièrement, dans les relations humaines. Ce sont de très beaux portraits d'individus et de couples, des descriptions psychologiques et sentimentales assez fortes dans lesquelles il n'est pas difficile de reconnaître quelque chose de connu. Il y a visiblement chez Seth une forte capacité d'empathie, aisément transmise au lecteur. Deuxièmement, l'écriture ou plutôt la forme choisie, celle de sonnets en tétramètres iambiques. Evidemment, il y a de quoi s'émerveiller. on dit que Seth délaissa l'académie pour l'écriture romanesque en découvrant la traduction anglaise du « Eugène Oneguine » de Pouchkine par Charles Johnston et c'est celle-ci qu'il émule ici. On penserait que ce choix rend la lecture difficile. Ce n'est pas du tout le cas, bien au contraire: il y a dans « Golden gate » une certaine légèreté et une musique entraînante qui promènele lecteur loin de la contrainte que ça a pu être pour l'écrivain. C'est une véritable joie. De plus les rimes et le jeux liés à la structure viennent souvent allégés l'impression laissée par des scènes dures ou de crise. Là réside peut-être une autre raison du choix ou, à tout le moins, une des explications de la réussite de la combination entre forme et récit choisie par Seth: la légèreté et l'humour qui ressort de ses sonnets apportent un contrepoint affectueusement moqueur aux tracas quotidiens des personnages. Et dans les moments de vrais drames, Seth sait abandonner ce petit rire pour des sonnets bien plus sérieux, à la hauteur de la tristesse ressentie.

« Golden gate » est une réussite, tendre comédie de moeurs rendue brillament dans une forme rare. Pourtant, cette réussite n'est sans doute que mineure: pour touchantes ou amusantes que soient les péripéties, la vie conjugale de quelques jeunes des classes moyennes supérieures n'est pas d'un intérêt transcendant, quand bien même l'on prétendrait étudier sociologiquement certains cercles du San Francisco des années '80.

Vikram Seth, The Golden Gate, Penguin India, 300 roupies
J'ai lu ce roman dans sa version anglaise et ne peut donc commenter la traduction de Claro chez Grasset. Comme je le disais au début de cette note, il a choisi de passer en français à la forme par excellence de notre langue: l'alexandrin. Le choix est sans doute bon, puisque la phrase anglaise passée en français augmente en général de 10% en longueur. Au vu du contenu du roman, c'est sans doute principalement pour le défi formel qu'il s'est lancé dans l'aventure. Toujours est-il que les trop rares journalistes s'attardant sur la traduction n'ont pas l'air de s'en plaindre.

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Postpoésie

Il y a deux semaines, Anagrama annonçait les résultats de son concours annuel d'essais. « Postpoesía, hacia un nuevo paradigma » de Agustín Fernández Mallo est arrivé finaliste et sera publié le mois prochain. Par le plus grand des hasard, je lisais alors la réédition chez La noche polar de « Creta lateral travelling », son premier livre. En plus du texte original, où il développe de façon plus abstraite et moins accessible la même tactique narrative fragmentaire et hétérodoxe qu'il met en oeuvre avec un certain succès dans sa trilogie nocilla, on retrouve en fin de volume deux textes théoriques liés à la thématique de son essai récompensé. Le premier date de 2003, et Fernández Mallo y ouvre le débat avec une introduction de ce qu'il appelle la poésie postpoétique, pour un renouvellement de la forme à une époque où, contrairement au roman, on ne prend même plus la peine d'annoncer sa mort. Le second texte, paru en 2006, serait un extrait du livre à être publié et clarifie l'idée au point d'être presque programmatique.

Fernández Mallo parle d'abord de la poésie espagnole, mais il n'y a aucune raison de croire qu'au moins partie de son discours n'est pas applicable à d'autres pays ou cultures. Selon lui, il y a toujours eu une collaboration entre plasticiens et poètes (Picasso-Alberti est un des exemples). Pourtant, ce n'est plus la cas aujourd'hui. Pourquoi? Tous les arts ont opéré leur propre déconstruction, sauf la poésie. Quoi que l'on puisse penser du postmodernisme et de ses excès éventuels, force est de constater que ce mouvement aura changé des choses et que le fait qu'en large mesure la poésie n'y soit pas vraiment passé la laisse déconnectée du monde actuel et surtout des arts les plus contemporains: les poètes d'aujourd'hui, enferrés dans le classicisme, ne savent pas dialoguer avec les artistes de pointe. Il serait donc temps de passer à une poésie postpoétique, c'est à dire une poésie qui serait celle des systèmes complexes, participant à un réseau de liens et de noeuds qui intègre en son sein le monde qui nous entoure plutôt que la culture traditionelle, trop souvent acceptée comme seule valable par les poètes (et les écrivains en général, dirais-je) établis. Pour ne tomber ni dans le dogmatisme moderniste ni dans certaines impasses postmodernes, Fernández Mallo propose de suivre une démarche pragmatique qui ne se priverait pas non plus d'utiliser ces voies-là lorsqu'elles semblent appropriées. La postpoésie serait « la juxtaposition amplifiée, ou synergie, de quelque théorie, mode de pensée ou image qui résolve un défi poétique déterminé, donnant lieu à de nouveaux artefacts et à une nouvelle façon de penser l'artisanat poétique. Est bon tout ce qui fonctionne poétiquement. » Pour ce faire, le poète, comme le scientifique, va créer des mutations en inventant des « métaphores vraisemblables à travers un langage nouveau ». Plutôt que de se nourrir de sa propre tradition, la poésie doit, pour survivre ou plutôt pour rester relevante et s'intégrer aux arts contemporains, se nourrir de ce qui lui est a priori extérieur dans un processus que Fernández Mallo compare à la photosynthèse (et qu'il oppose au cholestérol poétique, qui n'opère que dans sa propre tradition, obstruant ainsi artères). Dans ce cadre donc, il s'agirait pour la postpoésie de travailler dans les « périphéries, zones qui, (comme c'est le cas dans les villes et l'urbanistique) au sens strict, sont artificielles et manquent de tradition » et d'évoluer plus particulièrement dans la périphérie créée en faisant rentrer en collision « la ville poésie orthodoxe avec la ville société développée ». Ce type de pratique entraîne inévitablement la reconnaissance de textes a priori non poétiques comme poétiques ainsi que l'utilisation de matériaux généralement ignorés par les poètes. On ne sera donc pas étonné que Fernández Mallo considère comme éminement postpoétique le fameux « Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformatrice de la gravitation quantique » de Alan Sokal ou encore le « Tractatus logicus ». En cela, il ne diffère peut-être pas tant d'un William H. Gass qui soutenait lire certains philosophes comme des fictions, mais la pratique est probablement plus iconoclaste en matière de poésie, puisqu'elle n'aurait pas encore assumé la transformation connue par le roman.

Il semble clair qu'en écrivant ces textes, Fernández Mallo sait déjà ce qui lui sera reproché: nihilisme culturel, imposture postmoderne et extension absurde du domaine poétique au point de lui faire perdre tout sens, et de fait, si je ne me trompe, la publication initiale des deux textes repris dans ce volume avaient fait naître un certain débat. Le lecteur attentif saura pourtant voir que, tout comme chez Fernández Porta, il y a ici des critères, des exigences qui empêchent l'ensemble de tomber dans le tout se vaut. La poésie doit s'ouvrir à tous les domaines de la vie contemporaine mais tout ne saurait faire poésie. De plus, l'utilisation de métaphores scientifiques, tant reprochées aux postmodernes et aux déconstructionnistes, est ici le fait d'un écrivain qui est physicien de formation: non seulement ses comparaisons ou son utilisation de la science sonnent juste dans le cadre littéraire qu'il décrit mais il a en plus la « caution » académique pour le faire. Le livre qui va paraître le mois prochain chez Anagrama est potentiellement aussi intéressant que les deux essais de Fernández Porta ("Afterpop" et "Homo sampler") et créera sans doute beaucoup de débats. Quoi qu'il advienne, les problèmes dégagés par Fernández Mallo et les pistes qu'il indique sont pertinents. Si tout ça mène à des oeuvres de valeurs, il est sans doute trop tôt pour le dire mais les lecteurs de ce blog savent sans doute déjà qu'en Espagne, même si l'académie n'aime pas trop, il y a des choses qui bougent.


Agustín Fernández Mallo, Creta Lateral Travelling, La noche polar, 18€

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Prof

(Pozoblanco, avril 2009)

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Histoire des larmes

Il y a un an plus ou moins, j'évoquais ici le dernier livre d'Alan Pauls que j'avais trouvé vraiment excellent. Il sort aujourd'hui en français chez Bourgois. Voici donc ce que j'en ai dit. Croisons les doigts pour que la vf soit à la hauteur.

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Il paraît qu’on a fait à plusieurs reprises la critique à Alan Pauls de ne pas intégrer suffisamment le politique dans ses textes. C’est un point de vue étrange qui nous ramène aux années où tout était politique, même ce qui prétendait ne pas l'être. Soyons en certain : en ces temps-là et pour ces gens-là, la fiction ne brillait pas de mille feux. Il est possible qu’en Argentine ce genre de théorie absurde soit toujours de mise – après tout, ce serait l’un de derniers bastions lacaniens, il y a donc au moins congruence temporelle -, d’autant plus si l’on se réfère à l’intrigant travail de Damían Tabarovsky, stimulant mais in fine souvent perdu par une pseudo sophistication politique prenant le pas sur tout le reste. Et Pauls passa donc à confesse – pardon, à l’autocritique -, admettant la carence politique profonde de ses livres et se jurant de corriger ce grave défaut dans son prochain livre. Frisson d’horreur.

Entre « Historia del llanto ». Voilà que l’on comprend pourquoi la littérature de Pauls n’est pas remplie de considérations « engagées » : comme la majorité des écrivains, il a mieux à faire de sa plume que de la mêler à la fange de ceux qui croient au devoir et au pouvoir dialectique de la fiction dans la lutte visant à créer les conditions d’un monde meilleur donc rééduqué. L’homme écrit parce que. Finalement, n’est Gorky que le littérateur qui ne saurait faire autrement… C’est pourquoi au lieu du livre politique annoncé on a ici une promenade proustienne dans la vie intérieure – cette chose tant nécessaire à la création littéraire et tellement haïe par les radicaux de tous bords – d’un jeune argentin à la parfaite éducation progressiste. Comme si Pauls expliquait à la fois dans quel milieu et dans quelle idéologie il a grandit et pourquoi cette dernière ne transparaissait pas dans ses textes.

Je serais tenté de voir dans le travail de Pauls ici un lien avec celui de Vila-Matas dans « Explorateurs de l’abîme ». Certes, ce lien n’est ni thématique, ni structurel ni stylistique. Il pourrait donc être anecdotique mais il me semble intéressant : les deux textes se présentent plus ou moins ouvertement comme une repentance – de ne pas créer des personnages faits de chair et de sang pour le Barcelonais, de ne pas parler de politique pour l’Argentin -, une admission de culpabilité et une correction mais finissent en puissante réaffirmation de ce qui leur est reproché par les ânes. Tout comme Chostakovitch promettait d’être plus prolétaire avant de discrètement subvertir le travail exigé par le Parti, Vila-Matas et Pauls ne peuvent se forcer à l’autocorrection. Bien sûr, il n’y a contre eux aucune forme de contrainte réelle, aucune menace sur leurs vies et tout cela pourrait être vu comme gratuite facétie. C’est justement ce côté apparemment gratuit qui donne à ce pied de nez une bonne partie de son charme.

Cette « Histoire des larmes » est celle d’un garçon ultra-sensible qui a la faculté d’attirer les confessions intimes de tout qui passe un peu de temps avec lui. Sa sensibilité est illustrée extérieurement par sa capacité à verbaliser ses émotions et par les pleurs qu’il verse souvent mais uniquement en présence de son père qui l’admire pour ça, lui le gauchiste formé par la conviction que l’introspection est une faiblesse inutile et coûteuse. A l’adolescence, il se plonge dans la littérature marxiste, lit un journal péroniste et suit avec admiration les guérilleros impliqués dans la lutte armée. Pourtant, à sa grande stupéfaction, lorsqu’il voit à la télévision un jour de septembre 1973 l’armée de Pinochet bombarder le palais de la Moneda, il ne verse pas une seule larme sur le sort de la voie chilienne au socialisme et de son président, le docteur Allende. Et il doit bien se rendre compte que la rupture avec sa petite amie – virée par lui parce que de famille chilienne de droite – lui est plus douloureuse que la mort de son idole. Non seulement c’est la fin d’une époque pour le continent, c’est aussi la fin d’une illusion pour le jeune homme anonyme : il n’aura pas su être contemporain.

Il y a deux scènes clés. Tout d’abord celle d’ouverture, sur une anecdote venue de l’enfance du protagoniste : obsédé par Superman, il est certain de pouvoir voler et se lance à travers une fenêtre. Il en ressort miraculeusement indemne. Selon la lecture de Alejandro Henchoz, cette histoire recèlerait en elle le récit entier, celui de la pensée progressiste comme épique infantile prête à faire disparaître le corps au profit d’une époque exigeant un engagement absolu pour la cause. Je ne suis pas certain que ce soit juste : soulignons plutôt que Pauls a dit avoir voulu jouer avec l’idée de gamins se délectant des aventures de révolutionnaires comme ils se délectent aujourd’hui de jeux vidéos. Ou de superhéros : au cœur du progressisme, il y a bien l’idée de l’invincible supériorité des convictions défendues, celles qui mènent l’humain sur le route du mieux et du bien. Le prog’ serait le superhéros prêt à risquer sa vie pour la victoire : d’ailleurs le gamin de « Historia del llanto » sort indemne de sa rencontre avec la fenêtre. Miraculeusement. Et tout est sans doute là : miraculeusement… Parce qu’on a vraiment de la chance d’échapper vivant à la tentative de rendre vrai une fiction sans base concrète. Dans les années qui suivirent cette collision tête / fenêtre, de nombreux jeunes gens s’en rendront compte à leur dépens. Aveuglés par la putassière fiction marxiste-leniniste-trotskardomaoïste ils tombèrent en nombre sous les coups des généraux et / ou massacreront gaiement autant d’ennemis de classe que faire ce pouvait. Ce n’est d’ailleurs par un hasard si, au terme des années 1970, cette horrible décennie de révolutions et contre-révolutions pseudo-prolos déployées du Chili au Cambodge en passant par l’Allemagne et l’Italie il y eut rupture nette entre la gauche progressiste / liberal – au sens anglais – et la gauche radicale que bon nombre de membres désertèrent pour devenir les cadres des partis sociaux-démocrates : l’enchantement avait été brutalement rompu. C’est ici qu’intervient la seconde scène clé du livre. Adolescent, le narrateur est emmené par son père au concert intime d’un héros du protest song argentin revenu d’exil. Les chansons remplies de pathos et de beaux sentiments populaires débordent d’une sensibilité qui dégoûte notre hyper-sensible antihéros. Soit parce qu’il se rend compte que la sensibilité ne devrait plus être de mise à une époque aussi brutale, soit parce qu’il se rend compte que la sensibilité naïve affichée contribue à l’aveuglement qui plonge ses contemporains vraiment contemporains dans un radicalisme mortifère. Il comprend surtout que ce chanteur est de ceux qui – déjà rien que par la force d’un long séjour imposé à l’étranger – sont déconnectés du monde parce qu’il n’ont rien vu, ne savent rien, que leur témoignage est hors de propos. Juste comme lui. C’est là qu’il abandonne.

« Historia del llanto » serait-il donc l’histoire de la transformation d’un radical en pantoufle en socialiste du ventre mou ? Voilà qui expliquerait l’absence de politique chez Pauls : fondamentalement, le social-démocrate n’a aucun discours politique à tenir autre que les louanges du compromis et l’éloge de la juste mesure. On fait encore moins bonne littérature avec ça qu’avec lutte des classes ou des races. Puisqu’on ne fait pas de littérature avec de beaux sentiments, n’est-il finalement pas heureux que Pauls ne soit pas un écrivain politique ? Est-ce un hasard si une large majorité des gens soucieux de littérature vivent dans le confort que certains appelleraient bourgeois du consensus idéologique – on pense ici au Senges qui n’a rien contre les impôts, au Gaddis pour lequel le capitalisme est le moins mauvais des systèmes, au Jauffret qui vote Bayrou ? Autant de gens tenant des propos – certainement pas un discours – n’ayant rien de révolutionnaires mais dont les œuvres ne peuvent paraître que radicales face à la production dominante. N’est-ce que pur hasard ?

Ces interprétations valent ce qu’elles valent – c'est-à-dire qu’elles pourraient ne rien valoir. Ce qui est indéniable et essentiel, c’est que cette incapacité à la contemporanéité dont se lamente le personnage du livre se retrouve dans l’écriture même. Loin d’un réalisme mortifère et particratique, les phrases de Pauls sont alambiquées, longues, se divisent en multiples clauses qui nous mènent de digressions en digressions. Il s’agit de flux et de reflux, de longues étendues de mots qui se parcourent et s’apprécient à grande vitesse si l’on se laisse entraîner par le rythme impliqué dans la composition mais qui restent tout aussi délectables et étonnamment riches lorsqu’on se décide à prendre son temps. Lire « Historia del llanto », c’est se soumettre à une expérience vibrante dont la force ne tient heureusement pas à l’électrifiant discours d’un Trotsky de province mais bien au talent d’un écrivain dont le sens de la composition, l’art de l’ellipse et la maîtrise linguistique sont de premier plan. Autrement dit, c’est une illustration de plus pour qui en aurait besoin de la supériorité de l’artiste sur l’agitateur de pulsions primaires que restera toujours le politicien. Et c’est Pauls qui démontre ainsi la radicale beauté de son regard sur la réalité.

Alan Pauls, Historia del llanto, Anagrama, 14€

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Kafka aux fourneaux

Passant la semaine de Pâques sous d'autres cieux, entre processions et ibéricos de bellota, je n'ai ni vraiment le temps ni vraiment l'envie d'alimenter Tabula Rasa ou même de répondre aux derniers commentaires. On fera ça la semaine prochaine sans doute. Ceci dit, il y a deux livres dont j'ai dit le plus grand bien il y a déjà quelques temps qui viennent enfin d'être traduits. Je vais donc reposter ici ce que j'en disais alors. On commence avec "Kafka aux fourneaux" ("Varieties of disturbance en vo), recueil de Lydia Davis paru chez Phébus en février. Je ne pense pas avoir vu beaucoup de papiers à son sujet dans la presse francophone alors qu'il s'agit d'un excellent livre. Mes impressions d'il y a 18 mois ci-dessous. (Et si vous voulez une vision moins positive, c'est par ici.)

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Ecrivain-traducteur, voilà une vocation qui sera familière aux lecteurs réguliers de ce blog. Il en existe aussi aux Etats-Unis : elle traduit les grands noms français (Proust, Leiris, Jouve, Blanchot, Butor…) et écrit des nouvelles, souvent (six recueils), et des romans, parfois (un). Bien que Phébus ait publié deux de ses livres et la République lui ait décerné titre de chevalier des Arts et des Lettres, elle reste peu connue chez nous. Qui est-ce ?

Lydia Davis, félicitations dans le fond de la classe (oui, c’est vrai, c’était dans le titre, mais ça prouve que vous suivez quand même). On nous dit dans beaucoup de papiers disséminés ici ou là par des vents plus ou moins favorables que ses nouvelles sont à classer dans le rayon avant-garde de votre bibliothèque – concrètement ça veut dire à laisser dans les étagères des libraires indépendants, puisque, hein, bon, vous comprenez, enfin… Ce qualificatif ne me paraît pas vraiment convenir : ce qui se passe, c’est que Davis nous convie en permanence à réévaluer notre rapport à la nouvelle, à revoir, en somme, la copie de la petite définition de la forme courte qui, à tous, nous peuple la tête dans sa tournure la plus commune. « Varieties of disturbance », son dernier recueil, n’échappe pas à la règle davisienne, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de règles mais que étrangement, on y retrouve toujours nos petits. On est aussi perplexe et admiratif qu’un officier de police qui se rendrait compte que, tout compte fait, le trafic à un carrefour est parfois plus fluide sans signalisation qu’avec. C’est beau la liberté quand elle est mise au service du talent.

Prenons “We Miss You: A Study of Get-Well Letters From a Class of Fourth-Graders”, un des plus long textes du livre. Il s’agit apparemment de l’analyse, des années après, de lettres composées par de jeunes écoliers. Que nous disent-elles sur leurs relations amicales, leurs loisirs, la famille, les conditions de vie ? Et qu’en est-il de leurs capacités psychologiques et intellectuelles ? Ecrit dans un style technocratique, avec la rigueur froide du sociologue ou de l’anthropologue, Davis pourrait tester la patience du lecteur qui se demanderait, après cinq pages, « à quoi bon ? J’ai compris ! ». Eh bien non, il y a autre chose. Il y a d’autres choses. Il n’est d’abord pas surprenant que le lecteur un tant soit peu attentif voie émerger de cette dissection distanciée, sans émotion, une narration, un univers auquel il rapportera ses propres connaissances, injectant ainsi l’expérience de sentiments a priori absents. Mais ce n’est pas vraiment là l’essentiel. Je ne sais plus où j’ai lu que, malheureusement, on ne s’attachait pas aux écoliers auteurs de ces lettres – sous-entendu : il nous faut des personnages forts et on ne les a pas, c’est pas bien- et ce n’est pas faux, mais c’est passer à côté de ce qui importe vraiment. Qu’est-ce donc ? Eh bien, on vient de lire vingt-trois pages d’un rapport qui aurait dû être barbant, qui n’aurait pas dû être du domaine littéraire et pourtant, miracle des miracles, on identifie, on reconnaît une nouvelle dans ce qui paraissait ne pas en être. C’est ça, la grandeur de la pratique, de l’art de Lydia Davis : l’épiphanie, l’éblouissement là où ne s’y attendait pas, sans se forcer, sans nous forcer à la suivre, hein, juste comme ça parce que dans ses pages, il n’y a pas besoin d’explication : tout a force d’évidence.

Et ces nouvelles, qui font de deux lignes à quarante pages sont toutes comme ça.

Hop, un exemple, en voici une dont le titre (très important chez Davis) est « Index Entry » :

Christian, I’m not a

Elles ont l’air bizarre, mais au bout de 5 ou de 1500 mots, c’est le reste qui l’est, tant on s’y sent à l’aise, on a envie de relire et de s’amuser encore là-dedans, dans ce cocon d’étrangeté familière. Si je pouvais construire une bibliothèque en réseau, un machin qui fonctionnerait autrement qu’alphabétiquement, je mettrais les livres de Lydia Davis en relation avec ceux de David Markson et de George Saunders pour la bonne raison que ça me plait de voir les choses ainsi, d’imaginer une relation entre elle et ces deux autres écrivains aux univers différents mais qui partagent tous quelques choses d’importance capitale : un sens de la phrase unique, un humour qu’on aurait dit, il y a quelques années, décalé mais qui est surtout authentique et euphorisant, et puis des idées, ben, comment les qualifier, des idées, de vraies idées, et c’est rare. Try again. Fail again. Fail better ? Pour Lydia Davis, on aurait presque envie d’enlever le fail.

Lydia Davis, Varieties of disturbance, Farrar, Strauss & Giroux, $13.00

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